Tshisekedi ouvre la porte à un troisième mandat en RDC

Aerial view of city under a bright blue sky with scattered clouds.Photo : Vika Glitter / Pexels

En République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi a levé un coin du voile sur ses intentions politiques. Devant la presse réunie à Kinshasa le 6 mai 2026, le président congolais a indiqué qu’il se tenait prêt à exercer un troisième mandat si les Congolais formulaient une telle demande. Le propos, mesuré dans la forme mais lourd de portée, intervient alors que la perspective d’une réforme de la Constitution alimente depuis des mois les spéculations dans la capitale et au sein de la majorité présidentielle. Le chef de l’État, en fonction depuis janvier 2019 et réélu en décembre 2023, a pris soin de conditionner toute évolution à une consultation populaire.

Une porte entrouverte vers la révision constitutionnelle

La sortie présidentielle tranche avec la prudence affichée jusque-là par l’entourage du chef de l’État. Interpellé sur la possibilité de modifier la loi fondamentale pour lever le verrou de la limitation à deux mandats, Félix Tshisekedi a refusé de fermer la porte. Il a précisé que tout changement ou révision passerait nécessairement par un référendum, écartant ainsi, du moins en discours, l’option d’une réforme menée par la seule voie parlementaire. La Constitution congolaise de 2006 limite à deux le nombre de mandats présidentiels et inscrit cette disposition parmi les matières non révisables, ce qui rend juridiquement complexe toute manœuvre en ce sens.

En convoquant le peuple comme arbitre, le président déplace le terrain du débat. La formule présente l’avantage politique de renvoyer la responsabilité d’un éventuel passage en force à l’expression directe des urnes. Elle expose toutefois le pouvoir à une bataille d’opinion incertaine, dans un pays où la société civile, les Églises et plusieurs figures de l’opposition ont déjà manifesté leur hostilité à toute remise en cause des verrous constitutionnels.

Un calendrier politique sous tension à Kinshasa

Depuis plusieurs mois, l’hypothèse d’une révision constitutionnelle structure la vie politique congolaise. Plusieurs cadres de l’Union sacrée, la coalition au pouvoir, plaident pour une refonte de la loi fondamentale, jugée selon eux trop calquée sur des modèles importés. À l’inverse, des voix issues de la majorité présidentielle elle-même, ainsi que les principales formations d’opposition, dénoncent une manœuvre destinée à prolonger le règne de Félix Tshisekedi au-delà de l’échéance prévue de 2028. La Conférence épiscopale nationale du Congo et l’Église du Christ au Congo ont, à plusieurs reprises, mis en garde contre toute tentative de révision touchant aux dispositions intangibles.

La déclaration du 6 mai cristallise donc un affrontement latent. En présentant l’éventualité d’un troisième mandat comme une demande émanant des Congolais, le chef de l’État adopte une rhétorique déjà éprouvée par d’autres dirigeants de la sous-région. Le procédé n’est pas neuf en Afrique centrale : la consultation référendaire a souvent servi de véhicule à des prolongations de mandat, du Congo-Brazzaville au Rwanda. La RDC, plus grand pays francophone du continent et acteur minier de premier plan, voit ainsi ressurgir un débat institutionnel aux conséquences potentiellement profondes pour sa stabilité.

Enjeux régionaux et lecture des partenaires

L’annonce intervient dans un contexte sécuritaire et diplomatique dégradé. À l’est du pays, l’offensive du M23 et les tensions avec le Rwanda mobilisent l’essentiel de l’agenda exécutif, tandis que les bailleurs internationaux scrutent la trajectoire démocratique de Kinshasa. Pour les chancelleries occidentales et les institutions financières, toute manœuvre constitutionnelle destinée à prolonger la présidence en place serait observée avec circonspection, alors que la RDC négocie des programmes économiques et des partenariats miniers stratégiques sur le cobalt et le cuivre.

Reste la question de la faisabilité juridique. Les articles 220 et 70 de la Constitution congolaise verrouillent la durée et le nombre de mandats. Contourner cette barrière supposerait soit une nouvelle Constitution, soit une lecture audacieuse du texte par la Cour constitutionnelle. Dans l’intervalle, les prochaines semaines risquent d’être rythmées par les prises de position des partis, des confessions religieuses et des organisations citoyennes. Selon RFI Afrique, Félix Tshisekedi a réaffirmé qu’aucune révision ne se ferait sans consultation préalable de la population par référendum.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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