Coton : la Sodecoton vise 440 000 tonnes au Cameroun en 2026

A green harvester working in a cotton field surrounded by trees in rural North Carolina.Photo : Mark Stebnicki / Pexels

La filière coton du Cameroun s’apprête à franchir un seuil symbolique. Selon des projections internes consultées dans le cadre de la campagne 2025-2026, la Sodecoton table sur une production de 440 000 tonnes de coton graine d’ici mai 2026. Le chiffre, s’il se confirme, marquerait une progression de 100 000 tonnes en glissement annuel et permettrait à l’opérateur public de dépasser pour la première fois la barre des 400 000 tonnes. Une performance attendue dans le bassin septentrional du pays, principal foyer de production.

Cette trajectoire s’inscrit dans le cadre de la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), feuille de route qui fixe à 600 000 tonnes l’objectif de production cotonnière à l’horizon 2029. Pour Yaoundé, la culture demeure un levier d’intégration rurale et d’entrée de devises, dans un contexte de diversification post-pétrolière. Le coton pèse aujourd’hui 6 % des exportations hors hydrocarbures et 14,1 % du produit intérieur brut de la branche agriculture d’exportation, selon les données de la Sodecoton.

Climat et jassides, deux fronts qui rebattent les cartes

Reste que la concrétisation de cette ambition dépend largement de variables que l’opérateur ne maîtrise qu’imparfaitement. Deux risques majeurs structurent désormais la planification de la filière. D’une part, les dérèglements climatiques, qui se traduisent par des épisodes pluvieux intenses et des inondations dans les bassins de production entre août et septembre. D’autre part, la prolifération des jassides, des insectes piqueurs-suceurs qui ravagent les plants de cotonnier et grignotent le potentiel de récolte parcelle après parcelle.

L’écart entre projections et réalisations lors de la campagne précédente illustre la fragilité de l’exercice prévisionnel. La Sodecoton anticipait 400 000 tonnes pour 2024-2025. La production effective s’est finalement repliée à 286 000 tonnes, soit un déficit de 114 000 tonnes par rapport à la cible. Un manque à gagner qui pèse sur l’ensemble de la chaîne de valeur, des producteurs jusqu’aux usines d’égrenage.

11 000 hectares anéantis, des rendements en repli

Lors d’une présentation tenue le 31 mars 2026 à Garoua, M. Nadama, directeur de la production agricole de la Sodecoton, a livré une lecture chiffrée des effets cumulés de ces chocs. Les superficies emblavées ont reculé de 234 000 hectares en 2023 à 197 000 hectares en 2025. Sur la seule année 2024, 11 000 hectares ont été intégralement détruits, tandis que 17 000 hectares supplémentaires ont subi des dégâts partiels imputables aux jassides.

La pression phytosanitaire et climatique se répercute directement sur la productivité. Le rendement moyen, qui s’établissait à 1 600 kilogrammes par hectare, est tombé à 1 300 kg/ha. Pour la filière, cette érosion se traduit par une perte de recettes estimée à plus de 10 milliards de FCFA par an. Un trou difficile à combler pour une entreprise qui encadre entre 150 000 et 200 000 producteurs dans le Nord et l’Extrême-Nord du pays.

Crédits agricoles fragilisés, désaffection rampante

L’effet domino touche désormais le mécanisme de financement de campagne. Chaque année, la Sodecoton avance aux exploitants intrants et semences sous forme de crédits agricoles, remboursables au moment de la collecte. Les arriérés de recouvrement atteignent aujourd’hui 2 milliards de FCFA, conséquence directe des récoltes manquées. Privés de revenus suffisants, certains producteurs se trouvent dans l’incapacité d’honorer leurs engagements et basculent vers d’autres cultures, voire abandonnent purement et simplement la sole cotonnière.

Pour l’opérateur, l’enjeu n’est plus seulement productiviste. Il s’agit de stabiliser un tissu social rural, de préserver l’outil industriel d’égrenage et de tenir la promesse d’une filière compétitive face aux géants ouest-africains que sont le Bénin, le Mali ou le Burkina Faso. La cible des 440 000 tonnes servira de test grandeur nature pour mesurer la résilience du modèle camerounais. Selon Investir au Cameroun.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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