Comores : grève illimitée contre la hausse des prix des carburants

A shirtless man resting at an abandoned gas station amidst dusty surroundings.Photo : Hans Eiskonen / Pexels

La hausse des prix des carburants aux Comores a précipité l’archipel dans une crise sociale ouverte. Au début de la semaine, le gouvernement comorien a publié une série d’arrêtés actant le relèvement des tarifs à la pompe, l’ajustement à la hausse des prix du transport en commun et, en contrepartie, un allègement temporaire des taxes douanières sur certains produits de première nécessité. La riposte des syndicats de chauffeurs et de commerçants ne s’est pas fait attendre : grève illimitée, transports paralysés et marchés au ralenti dans plusieurs localités de Grande Comore.

Ces mesures interviennent quelques jours seulement après une adresse à la nation du président Azali Assoumani, consacrée aux conséquences économiques du conflit au Moyen-Orient sur la petite économie insulaire. Le chef de l’État avait préparé l’opinion à des arbitrages douloureux, en évoquant la flambée des cours mondiaux et la vulnérabilité d’un pays qui importe la totalité de ses hydrocarbures. L’argument peine toutefois à convaincre une population dont une large part vit déjà sous le seuil de pauvreté.

Un choc tarifaire qui fracture la rue comorienne

Les chauffeurs de taxis-brousse et de bus collectifs estiment que la revalorisation officielle des courses ne compense pas l’envolée du gazole et de l’essence. Beaucoup affirment ne plus pouvoir rentabiliser leurs trajets entre Moroni, Mitsamiouli et les communes du sud de Ngazidja. Du côté des commerçants, l’inquiétude porte sur le renchérissement mécanique du fret intérieur, qui s’ajoute à un coût d’importation déjà tendu par la dépréciation du pouvoir d’achat. La grève illimitée traduit cette double pression sur des marges déjà ténues.

Concrètement, l’arrêt de travail prive les Comoriens de transports publics dans un pays où la voiture individuelle reste un privilège. Les fonctionnaires, les élèves et les commerçants ambulants se retrouvent contraints d’improviser, à pied ou en covoiturage informel. Plusieurs marchés de la capitale ont tourné au ralenti, signe que la mobilisation dépasse le cercle strict du secteur des transports pour gagner les acteurs du commerce de détail.

La stratégie d’amortissement du gouvernement Assoumani

Pour tenter de désamorcer la contestation, l’exécutif a couplé la hausse des carburants à un dispositif d’allègement fiscal temporaire sur des denrées jugées essentielles. Le riz, principal produit de consommation populaire, ainsi que d’autres biens importés, devraient ainsi bénéficier d’une réduction des droits de douane afin de contenir la transmission du choc énergétique aux prix alimentaires. Ce mécanisme classique d’arbitrage budgétaire vise à protéger les ménages les plus exposés tout en préservant l’équilibre des comptes publics.

Reste que la séquence politique est délicate pour Moroni. Le président Azali Assoumani, qui s’efforce de consolider une image de gestionnaire rigoureux à l’international, doit composer avec une opinion publique qui supporte mal les ajustements perçus comme brutaux. L’archipel demeure structurellement dépendant des transferts de la diaspora et des appuis extérieurs, ce qui réduit la marge de manœuvre du Trésor pour subventionner durablement les carburants importés.

Une vulnérabilité énergétique structurelle

La crise révèle, une fois encore, la fragilité énergétique des petites économies insulaires de l’océan Indien. Sans raffinerie ni production d’hydrocarbures, les Comores subissent intégralement les variations des marchés internationaux, amplifiées par les coûts logistiques et la faiblesse des volumes négociés. Les tensions au Moyen-Orient, en alimentant la volatilité des cours du brut, frappent immédiatement la balance commerciale et les finances publiques de l’archipel.

Cette dépendance interroge la trajectoire de transition énergétique de l’État comorien, qui multiplie depuis plusieurs années les annonces sur le solaire et la géothermie sans concrétisation à grande échelle. Le bras de fer engagé par les syndicats pourrait pousser l’exécutif à accélérer la diversification du mix, ou, à plus court terme, à renforcer les transferts sociaux ciblés. Dans l’immédiat, les négociations ouvertes entre les pouvoirs publics et les organisations professionnelles détermineront la durée et l’intensité du mouvement.

L’épisode rappelle enfin que les vagues de protestation déclenchées par le prix de l’essence demeurent un marqueur sensible de la stabilité politique en Afrique. Selon RFI Afrique, les discussions se poursuivent pour tenter de lever le mot d’ordre de grève.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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