Comores : Moroni suspend la hausse des prix du carburant

Three blue OLA Energy gas pumps at an outdoor station on a sunny day.Photo : Hassan Bouamoud / Pexels

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Le pouvoir comorien a fini par céder. Aux Comores, l’exécutif a suspendu samedi 16 mai la hausse des prix du carburant qui avait mis le feu aux poudres depuis une semaine. L’annonce, faite en soirée à Moroni en présence des syndicats de transporteurs et des organisations de commerçants, met un terme provisoire à un bras de fer engagé depuis le lundi 11 mai. La crise aura coûté la vie à deux personnes et largement paralysé l’activité économique de l’archipel.

Un mouvement social qui a fait plier Moroni

La contestation s’est enclenchée dès l’entrée en vigueur du nouveau barème des carburants. Les chauffeurs de taxis-brousse, principaux relais du transport interurbain dans l’archipel, ont été les premiers à déposer leurs clés. Très vite, les commerçants ont rejoint la grève, fermant boutiques et étals dans les principales localités de Grande Comore, Anjouan et Mohéli. En quelques heures, le pays s’est retrouvé à l’arrêt.

Pendant six jours, barrages routiers et accrochages avec les forces de l’ordre se sont multipliés. Le bilan officieux fait état de deux morts, sans que les circonstances précises aient été détaillées par les autorités. Plusieurs blessés ont également été recensés, dans un climat de tension croissante. La population, déjà éprouvée par l’inflation des biens importés, a massivement soutenu un mouvement perçu comme une mobilisation de subsistance plutôt que comme une revendication corporatiste.

Le carburant, point de friction sociale récurrent

Aux Comores, le prix du carburant joue un rôle politique disproportionné. L’archipel importe la quasi-totalité de ses hydrocarbures, et toute variation tarifaire se répercute immédiatement sur le coût du transport, des denrées alimentaires et de l’électricité produite à partir de groupes thermiques. La Société comorienne des hydrocarbures (SCH), en situation de monopole sur les importations, est régulièrement pointée du doigt pour son opacité tarifaire.

L’ajustement décidé par le gouvernement s’inscrivait dans une trajectoire de réduction progressive des subventions, encouragée par les partenaires financiers de l’archipel. Reste que Moroni avait visiblement sous-estimé le seuil de tolérance d’une population dont le pouvoir d’achat s’érode depuis plusieurs années. Le salaire minimum officiel demeure inférieur à 60 000 francs comoriens mensuels, soit environ 120 euros, dans un pays où le panier alimentaire dépend largement des importations en provenance de Dubaï, de Madagascar et de la zone Asie.

Un répit fragile pour le président Azali Assoumani

Pour le chef de l’État, Azali Assoumani, réélu en janvier 2024 dans un scrutin contesté, le recul est politiquement coûteux. Le pouvoir avait jusque-là tenu un discours de fermeté budgétaire, présentant la rationalisation des subventions comme une condition de la soutenabilité des finances publiques. La capitulation de samedi soir illustre la difficulté à imposer des réformes impopulaires dans un contexte de légitimité électorale affaiblie.

Les syndicats, en sortant de la table des négociations, ont obtenu le maintien des anciens tarifs, mais aucun calendrier ferme n’a été communiqué sur la suite. Plusieurs représentants des transporteurs ont d’ores et déjà prévenu qu’ils resteraient vigilants face à toute tentative de réintroduction discrète de la hausse. La question d’une refonte plus large du mécanisme de fixation des prix, intégrant une concertation préalable avec les acteurs économiques, est désormais posée.

Au-delà du carburant, la séquence interroge la capacité de l’exécutif comorien à gérer simultanément les exigences de ses bailleurs et les fragilités sociales d’un archipel classé parmi les pays les moins avancés. La reprise du transport et la réouverture des commerces dimanche ont ramené un calme apparent. Mais la rapidité avec laquelle un ajustement technique s’est transformé en crise nationale rappelle que la marge de manœuvre du pouvoir reste mince. Selon RFI Afrique, les discussions entre le gouvernement et les organisations professionnelles doivent se poursuivre dans les prochains jours.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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