Ebola en RDC : l’épidémie franchit la ligne de front entre Mongwalu et Goma

Elderly man receives medical care during community health outreach in Kaduna, Nigeria.Photo : mk_photoz / Pexels

L’épidémie d’Ebola qui sévit dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) a officiellement été déclarée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le directeur général de l’agence onusienne, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a confirmé la flambée le dimanche 17 mai, alors que les autorités sanitaires congolaises observent depuis plusieurs semaines des cas suspects dans la cité aurifère de Mongwalu, en Ituri. Le glissement géographique du virus, désormais détecté à Goma, soulève une question stratégique : comment endiguer une maladie hémorragique qui circule de part et d’autre d’une ligne de front active ?

De Mongwalu à Goma, un itinéraire épidémique sous tension

Mongwalu, localité minière de l’Ituri, constitue le point de départ identifié de cette nouvelle flambée. La zone, marquée par l’orpaillage artisanal et une forte mobilité humaine, conjugue les facteurs classiques d’amplification d’une épidémie : densité économique, brassage de populations et faiblesse structurelle des services de santé. C’est dans ce contexte que les premiers cas suspects ont été remontés aux équipes provinciales de surveillance.

Le virus a ensuite gagné Goma, métropole de plus d’un million d’habitants située à la frontière rwandaise. Entre les deux foyers, plusieurs centaines de kilomètres séparés par des territoires sous contrôle alternatif des Forces armées de la RDC (FARDC) et de groupes armés, dont la rébellion du M23 soutenue par Kigali selon les rapports onusiens. Cette discontinuité territoriale fragilise la traçabilité épidémiologique, pilier de toute riposte efficace contre Ebola.

Une riposte sanitaire entravée par le conflit armé

La gestion d’une épidémie d’Ebola repose sur trois leviers éprouvés depuis l’épidémie ouest-africaine de 2014 : le suivi des contacts, l’isolement rapide des cas confirmés et la vaccination en anneau autour des personnes exposées. Ces protocoles supposent une liberté de mouvement totale des équipes médicales, des laboratoires mobiles et des logisticiens. Or l’est congolais ne l’offre plus depuis longtemps.

L’avancée du M23 dans le Nord-Kivu et la persistance de groupes comme les ADF en Ituri ont reconfiguré la carte sécuritaire. Plusieurs zones de santé sont aujourd’hui difficilement accessibles aux personnels humanitaires, qui doivent négocier des couloirs avec des acteurs armés aux agendas mouvants. La précédente épidémie d’Ebola dans la même région, entre 2018 et 2020, avait déjà été marquée par des attaques contre des centres de traitement et l’assassinat de personnels de santé. Le souvenir de ces violences pèse encore sur les équipes mobilisées.

L’OMS et Kinshasa face à un défi multidimensionnel

Tedros Adhanom Ghebreyesus a annoncé l’envoi de renforts techniques et de doses du vaccin Ervebo, déjà déployé lors des précédentes flambées congolaises. Le ministère de la Santé publique de la RDC active de son côté son dispositif national de riposte, en lien avec les autorités provinciales de l’Ituri et du Nord-Kivu. Reste que la logistique se heurte à un environnement opérationnel dégradé : routes coupées, aéroports régionaux soumis à des restrictions et populations déplacées par centaines de milliers.

La dimension régionale ajoute une couche de complexité. La proximité immédiate du Rwanda, de l’Ouganda et du Burundi place les voisins en alerte. Kigali, qui a déjà connu une alerte Marburg en 2024, a renforcé ses contrôles sanitaires à la frontière de Gisenyi. L’Ouganda, théâtre d’une épidémie d’Ebola Soudan en 2022, surveille la situation à Kasindi et Bunagana. La circulation transfrontalière intense des commerçants et déplacés rend toutefois l’étanchéité illusoire.

Au-delà de l’urgence sanitaire, cette nouvelle flambée illustre une équation devenue récurrente sur le continent : celle des épidémies qui prospèrent dans les angles morts des conflits armés. La RDC, qui compte désormais à son actif la quasi-totalité des épidémies d’Ebola recensées dans le monde, dispose d’une expertise reconnue. Mais cette expertise se heurte, une fois encore, à la géographie politique d’un est congolais fragmenté. Selon PressAfrik, la chaîne de transmission qui relie Mongwalu à Goma met crûment en lumière ce paradoxe.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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