Bénin : 169 licenciements à la SRTB ravivent la tension sociale

Close-up of a cameraman with headphones filming a program in a studio setting.Photo : Isaiah Ekele / Pexels

La réforme de l’audiovisuel public béninois vient de franchir une étape brutale. Le 13 mai, la Société de Radio et Télévision du Bénin (SRTB) a notifié leur licenciement à 169 agents, dans le cadre d’un plan baptisé de modernisation et adossé à un volet social. Cette décision, prise dix-huit mois après la création de la nouvelle entité publique, place le gouvernement de Patrice Talon face à une contestation syndicale frontale et rouvre le débat sur la gouvernance des médias d’État.

Une réforme structurelle qui solde l’héritage de l’ORTB

La SRTB a succédé en novembre 2023 à l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Bénin (ORTB), institution historique de l’audiovisuel public. Le changement de statut visait officiellement à doter le diffuseur public d’outils de gestion alignés sur les standards des entreprises modernes, avec une autonomie de fonctionnement accrue et une logique de performance. Dans cette perspective, la direction a lancé un audit de compétences destiné à recartographier les effectifs et à évaluer l’adéquation des profils aux missions redéfinies.

C’est au terme de cet exercice que la liste des 169 départs a été arrêtée. Selon la direction, les agents concernés se sont vu proposer un dispositif d’accompagnement social, présenté comme la contrepartie négociée de la restructuration. Le management défend une démarche encadrée, fondée sur des critères objectifs, et insiste sur la nécessité de remettre à niveau un appareil audiovisuel jugé pléthorique et inadapté aux exigences contemporaines de production et de diffusion.

Les syndicats dénoncent un processus expéditif

Le discours officiel se heurte à une lecture radicalement différente du côté des représentants du personnel. Les organisations syndicales décrivent une opération conduite à marche forcée, sans véritable phase de dialogue social, et dont les modalités contreviendraient aux usages en matière de réorganisation d’entreprise publique. La concertation préalable, normalement attendue dans un dossier touchant à plusieurs centaines d’emplois, aurait été réduite à sa plus simple expression.

Les agents évincés contestent également les critères de l’audit de compétences. Plusieurs voix s’élèvent pour dénoncer une procédure dont la traçabilité serait insuffisante, et qui aurait abouti à des décisions perçues comme arbitraires. La question des recours, des indemnités effectives et du calendrier de versement du volet social cristallise désormais les inquiétudes, à l’heure où les ex-salariés cherchent à organiser leur défense collective.

Au-delà du cas individuel des 169 agents, le malaise concerne ceux qui restent. Les équipes maintenues dans l’organigramme redoutent une seconde vague et s’interrogent sur la trajectoire à moyen terme de la SRTB. La direction n’a pas explicitement écarté de futurs ajustements, alimentant le climat d’incertitude dans les rédactions et services techniques.

Un test politique pour la gouvernance publique béninoise

L’affaire dépasse le seul périmètre de l’entreprise. Elle survient dans un contexte où l’exécutif béninois multiplie les réformes structurelles touchant les entreprises et établissements publics, sous bannière de rationalisation budgétaire et de performance. La méthode employée à la SRTB s’inscrit dans cette doctrine assumée par Cotonou depuis plusieurs années, qui privilégie la verticalité décisionnelle à la négociation prolongée.

Le dossier interpelle aussi sur le rôle dévolu au service public audiovisuel à dix-huit mois d’échéances politiques majeures. La crédibilité éditoriale d’un diffuseur public se mesure à sa capacité à fonctionner sereinement, sans soupçon d’instrumentalisation. Une restructuration mal acceptée socialement pourrait fragiliser cet équilibre, alors même que la concurrence des plateformes numériques et des médias privés exerce une pression croissante sur la radio et la télévision d’État.

Reste à savoir si la direction de la SRTB acceptera de rouvrir un canal de discussion avec les organisations syndicales, ou si elle maintiendra le cap fixé. Les prochaines semaines diront si le volet social annoncé suffit à désamorcer la crise, ou si le contentieux migrera vers les juridictions du travail. Selon RFI Afrique, le climat reste pour l’heure marqué par une vive incompréhension entre les parties.

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Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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