Les exportations de véhicules électriques chinois vers l’Afrique connaissent une accélération spectaculaire. Sur l’ensemble de l’année 2025, le volume des importations a plus que doublé par rapport à l’exercice précédent, confirmant le basculement progressif d’un marché jusqu’alors dominé par les motorisations thermiques. La hausse des cours du brut, les tensions persistantes sur les chaînes d’approvisionnement pétrolières et la volonté politique de plusieurs capitales africaines de réduire leur exposition aux importations d’hydrocarbures alimentent cette poussée. Pour les constructeurs chinois, le continent devient un relais de croissance précieux à l’heure où les marchés européens et nord-américains se ferment progressivement sous l’effet de barrières douanières.
Une offensive commerciale chinoise structurée sur le marché africain
La progression des marques chinoises tient autant à leur compétitivité-prix qu’à la maturité technologique de leurs gammes. BYD, Chery, Great Wall Motors ou encore SAIC déploient désormais des modèles entièrement électriques ou hybrides rechargeables conçus pour les conditions africaines : autonomie revue à la hausse, robustesse mécanique, prix d’entrée nettement inférieurs à ceux des constructeurs européens, coréens ou japonais. Cette stratégie d’agressivité tarifaire permet à Pékin de capter une demande émergente que les acteurs historiques peinent à servir, faute d’offre abordable.
Plusieurs marchés concentrent l’essentiel des flux. L’Afrique du Sud, le Maroc, l’Égypte, le Kenya, l’Éthiopie et l’Île Maurice figurent parmi les premières destinations. Addis-Abeba a même franchi un cap symbolique en interdisant l’importation de véhicules thermiques neufs, ouvrant un boulevard aux constructeurs disposant d’une offre électrique compétitive. Au Maroc, l’écosystème industriel local, déjà structuré autour de l’assemblage automobile, accueille progressivement des partenariats avec des équipementiers chinois positionnés sur la batterie lithium-ion.
Carburants chers et souveraineté énergétique : les ressorts d’une bascule
La conjoncture pétrolière joue un rôle déterminant. L’instabilité des cours, accentuée par les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et les arbitrages de l’OPEP+, pèse lourdement sur les balances commerciales africaines. Plusieurs pays consacrent encore une part significative de leurs devises à l’importation de produits raffinés. Dans ce contexte, l’électrification du parc automobile apparaît comme un levier concret de réduction de la facture énergétique extérieure, à condition que le mix électrique national permette d’amortir la demande supplémentaire.
Les pouvoirs publics multiplient les incitations. Exonérations de droits de douane sur les véhicules à zéro émission, réduction de la TVA, déploiement progressif de bornes de recharge dans les capitales et les corridors logistiques : la palette d’outils s’élargit. Le Rwanda et le Kenya font figure de précurseurs en Afrique de l’Est, tandis que le Maroc et l’Égypte misent sur l’intégration industrielle pour ne pas se cantonner au rôle de simple importateur. Reste que l’accès à une électricité fiable et bon marché demeure un goulet d’étranglement majeur dans plusieurs pays subsahariens.
Un repositionnement stratégique aux implications industrielles
Au-delà du commerce, la percée chinoise reconfigure les ambitions industrielles du continent. Les ressources minières africaines, en particulier le cobalt de la République démocratique du Congo, le lithium du Zimbabwe ou le manganèse du Gabon, sont au cœur des chaînes de valeur de la batterie. Pékin renforce son positionnement amont, sécurise ses approvisionnements et exporte simultanément le produit fini. Cette intégration verticale interpelle les gouvernements africains, désireux d’inverser le rapport de force et de capter davantage de valeur ajoutée localement.
Pour les constructeurs européens, le signal est sévère. Stellantis, Renault et Volkswagen, longtemps confortablement installés sur les marchés francophones et anglophones, voient leur position s’éroder face à des concurrents qui combinent prix attractifs, financement souple et délais de livraison courts. Les concessionnaires constatent un déplacement net de la demande, en particulier dans les segments urbains et chez les flottes d’entreprise. Les opérateurs de VTC et les services de mobilité partagée, gros consommateurs de véhicules, basculent progressivement vers l’électrique chinois pour des raisons d’économies d’exploitation.
La trajectoire des prochaines années dépendra de plusieurs variables : capacité des États africains à déployer des infrastructures de recharge à grande échelle, évolution du prix des batteries, stabilité réglementaire et arbitrages industriels des constructeurs occidentaux. À court terme, la dynamique en faveur des marques chinoises paraît difficile à enrayer. Selon RFI Afrique.
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