Sénégal : Diomaye Faye inaugure le parc agro-industriel de Kolda

Green tractors and grain silos on a South African farm under a clear blue sky.Photo : Conrad Marshall / Pexels

L’inauguration du parc agro-industriel de Kolda marque une étape concrète dans le déploiement de la stratégie sénégalaise des agropoles. En portant le budget alloué à ces pôles agro-industriels à 89 milliards de FCFA, le président Bassirou Diomaye Faye envoie un signal politique fort aux investisseurs et aux producteurs de la Casamance, région agricole longtemps en marge des grands flux d’investissement nationaux. Le choix de Kolda, carrefour entre la Gambie, la Guinée-Bissau et le bassin arachidier, n’est pas anodin sur le plan logistique.

Un pari structurant pour la Casamance

Le parc agro-industriel de Kolda s’inscrit dans le programme national des agropoles, conçu pour structurer la transformation locale des productions agricoles et limiter l’exportation de matières brutes à faible valeur ajoutée. La Casamance, riche en cultures vivrières, fruitières et oléagineuses, dispose d’un potentiel souvent sous-exploité faute d’unités de conditionnement, de chaînes de froid et d’infrastructures de stockage modernes. L’enveloppe relevée à 89 milliards de FCFA doit précisément combler ces chaînons manquants.

Le dispositif vise à attirer des opérateurs privés, nationaux comme étrangers, dans des unités de transformation de la mangue, de l’anacarde, des céréales et des produits maraîchers. Cette logique de cluster, déjà expérimentée en Côte d’Ivoire et au Maroc, repose sur la mutualisation d’équipements lourds et de services partagés. À Kolda, l’enjeu consiste à transformer une économie rurale dominée par l’autoconsommation en un tissu productif générateur d’emplois formels et de devises à l’export.

Souveraineté alimentaire et arbitrage budgétaire

Le relèvement à 89 milliards de FCFA du budget des agropoles traduit une réorientation des priorités budgétaires sénégalaises vers la souveraineté alimentaire, axe central du référentiel Sénégal 2050 promu par les autorités de la transition politique. Depuis son arrivée au pouvoir en avril 2024, l’exécutif dirigé par Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko martèle la nécessité de reconquérir la maîtrise des filières stratégiques, à commencer par le riz, l’huile et les protéines animales. Le Sénégal importe encore une part substantielle de sa consommation céréalière, ce qui pèse sur la balance commerciale.

Concrètement, l’enveloppe annoncée à Kolda devrait financer les voiries internes, les réseaux d’eau et d’électricité, les bâtiments mutualisés ainsi que les guichets administratifs intégrés. Reste la question du modèle de gouvernance. Plusieurs agropoles africaines ont buté sur la lenteur de la commercialisation des lots, l’insuffisance du raccordement énergétique ou la faiblesse de la demande solvable des PME locales. Dakar devra trancher entre une gestion publique directe et une délégation à un opérateur privé spécialisé.

Effet d’entraînement régional attendu

Au-delà du symbole politique, le parc de Kolda doit s’articuler avec les autres agropoles en chantier au nord et au centre du pays, notamment ceux du bassin arachidier et de la vallée du fleuve Sénégal. L’objectif consiste à constituer un maillage cohérent, capable de drainer la production primaire vers des unités industrielles connectées aux marchés sous-régionaux de la CEDEAO. La proximité immédiate de la Gambie et de la Guinée-Bissau ouvre par ailleurs des perspectives d’exportation à courte distance, à condition que les corridors routiers soient sécurisés et fluidifiés.

Pour les bailleurs de fonds, dont la Banque africaine de développement (BAD) qui a historiquement soutenu le programme des agropoles sénégalais, l’annonce de Kolda constitue un test de crédibilité de la nouvelle équipe gouvernementale. Le respect du calendrier d’investissement, la transparence des appels d’offres et la capacité à mobiliser les cofinancements seront scrutés. Dans le même temps, les opérateurs privés attendent des incitations fiscales claires et une stabilité réglementaire pour engager des capitaux dans une région encore perçue comme périphérique.

Selon Dakaractu, le chef de l’État sénégalais a personnellement présidé la cérémonie d’inauguration et confirmé l’élévation du budget des agropoles à 89 milliards de FCFA.

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About the Author

Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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