La saisine de l’Union africaine (UA) par le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) constitue, selon le juriste camerounais Séverin Hyacinthe Batsok, une initiative parfaitement recevable au regard des textes continentaux. La formation politique de Maurice Kamto a choisi de porter sur la scène panafricaine le contentieux né du scrutin présidentiel, ouvrant un front diplomatique inédit pour Yaoundé. Cette démarche illustre la stratégie d’internationalisation d’un différend que l’opposition estime ne plus pouvoir trancher sur le seul terrain national.
Un recours adossé aux textes de l’Union africaine
Pour Séverin Hyacinthe Batsok, la légalité de la saisine ne souffre d’aucune ambiguïté. Le juriste rappelle que la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, adoptée en 2007 et entrée en vigueur en 2012, encadre précisément les situations de crise post-électorale et autorise les acteurs politiques à interpeller les organes compétents de l’organisation continentale. Le Cameroun figure parmi les États signataires de cet instrument, ce qui rend opposable son contenu aux autorités de Yaoundé.
L’analyste insiste sur le fait que la procédure engagée par le MRC ne constitue ni une ingérence ni une démarche extra-judiciaire. Elle s’inscrit, selon lui, dans le prolongement logique des voies de recours prévues par l’architecture juridique africaine, dès lors que les mécanismes internes apparaissent saturés ou contestés. La saisine vise à attirer l’attention de la Commission de l’UA et, potentiellement, du Conseil de paix et de sécurité sur une situation jugée préoccupante par une frange significative de la classe politique camerounaise.
Un signal politique adressé au continent
Au-delà du débat juridique, la démarche du parti de Maurice Kamto revêt une portée politique évidente. En portant le dossier devant l’instance d’Addis-Abeba, le MRC cherche à briser l’isolement diplomatique dans lequel l’opposition camerounaise estime se trouver depuis plusieurs cycles électoraux. Le calcul est clair : forcer un examen extérieur du contentieux, dans un contexte où les juridictions nationales, à commencer par le Conseil constitutionnel, sont perçues comme proches du pouvoir en place.
Cette stratégie n’est pas sans précédent sur le continent. Plusieurs partis d’opposition, du Gabon au Zimbabwe, ont par le passé tenté de mobiliser l’UA face à des contestations électorales. Les résultats ont été inégaux, l’organisation panafricaine ayant souvent été critiquée pour sa prudence à l’égard des chefs d’État en exercice. Reste que la simple inscription d’un dossier à l’agenda de l’UA constitue déjà, en soi, un succès symbolique pour le requérant.
Yaoundé sous pression diplomatique
Pour le pouvoir camerounais, la saisine ouvre un front qui complique sa communication internationale. Le gouvernement, qui privilégie traditionnellement la doctrine de la non-ingérence dans les affaires intérieures, devra composer avec une procédure qu’il ne peut écarter d’un revers de main, sauf à s’exposer à des critiques sur le respect de ses engagements continentaux. La Charte de 2007 prévoit en effet des mécanismes de suivi qui obligent les États parties à coopérer avec les organes de l’UA.
Séverin Hyacinthe Batsok souligne que la justification de la démarche tient également à la nature même des griefs soulevés par le MRC, qui touchent à la sincérité du scrutin et au respect des standards démocratiques promus par l’UA. À ses yeux, refuser le débat reviendrait à fragiliser la crédibilité du processus électoral camerounais sur la scène régionale, alors même que Yaoundé brigue régulièrement des positions d’influence au sein des instances africaines.
L’issue de la procédure dépendra largement de l’arbitrage politique opéré par la Commission de l’UA et de la lecture qu’en feront les chancelleries africaines. Pour l’heure, l’initiative du MRC repositionne le contentieux camerounais dans un cadre continental, là où le pouvoir entendait le maintenir strictement national. Selon Journal du Cameroun.
Pour aller plus loin
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