Égypte : les paiements mobiles dépassent 80 milliards USD en 2025

Close-up of a customer using a smartphone for contactless payment at a retail checkout with a pineapple on the counter.Photo : Jack Sparrow / Pexels

Les paiements mobiles en Égypte ont franchi un palier symbolique en 2025. Les transactions opérées via les portefeuilles électroniques ont totalisé environ 4 000 milliards de livres égyptiennes, soit près de 80 milliards de dollars, d’après les chiffres communiqués par la Banque centrale d’Égypte (CBE). Le pays le plus peuplé du monde arabe consolide ainsi son statut de laboratoire régional de la finance numérique, à mesure que les usages cash reculent au profit d’instruments dématérialisés.

Une progression spectaculaire des portefeuilles électroniques

Le parc de portefeuilles mobiles enregistrés a atteint près de 60 millions d’unités à fin décembre 2025, contre 15,2 millions seulement en 2019. En l’espace de six ans, la base d’utilisateurs a donc été multipliée par près de quatre, traduisant une adoption massive du paiement par téléphone dans un pays de plus de 110 millions d’habitants. Cette dynamique place l’Égypte parmi les marchés les plus actifs du continent en matière de fintech, aux côtés du Kenya et du Nigeria.

La trajectoire reflète un effort méthodique de bancarisation engagé par les autorités. La CBE a multiplié, depuis 2019, les cadres réglementaires destinés à encadrer le mobile money, à sécuriser les flux et à faciliter l’agrément des opérateurs non bancaires. La feuille de route Vision 2030, qui érige la transformation numérique en priorité nationale, a accompagné cette montée en puissance par des dispositifs incitatifs et l’interopérabilité des systèmes de paiement.

Le rôle moteur de la Banque centrale d’Égypte

L’institution monétaire conduit depuis plusieurs années une stratégie offensive de digitalisation. La généralisation du système de transfert instantané InstaPay, lancé en 2022, et le déploiement du standard QR Meeza ont fluidifié les paiements entre particuliers comme dans le commerce de proximité. Concrètement, les Égyptiens règlent désormais factures d’électricité, achats du quotidien et transferts familiaux sans recourir aux espèces, longtemps reines dans une économie où l’informel pèse encore lourd.

La pression macroéconomique a également joué. Confrontée à plusieurs dévaluations successives de la livre égyptienne et à une inflation qui a culminé au-delà de 30 % en 2023, la population a cherché des outils de paiement plus rapides et traçables. Les portefeuilles mobiles, adossés à des comptes bancaires ou à des opérateurs télécoms, ont offert une réponse pragmatique. Les acteurs locaux comme Vodafone Cash, Orange Cash, Etisalat Cash et la fintech Fawry se partagent l’essentiel d’un marché en consolidation rapide.

Un terrain stratégique pour les fintechs régionales

Le seuil des 80 milliards de dollars de transactions annuelles attire désormais les regards des investisseurs du Golfe et des grands groupes panafricains. Les fonds émiratis et saoudiens, déjà très présents dans la tech égyptienne, voient dans le paiement mobile un relais de croissance compatible avec leurs ambitions de corridors financiers entre Le Caire, Riyad et Abou Dhabi. Plusieurs opérations capitalistiques ont jalonné l’année 2025 dans le segment.

Pour les fintechs subsahariennes, le marché égyptien représente à la fois un débouché et un défi. La densité démographique, le niveau d’équipement en smartphones et la maturité réglementaire en font un terrain propice. Reste que la concurrence des acteurs locaux, soutenus par des banques bien capitalisées telles que la National Bank of Egypt ou la Banque Misr, limite les fenêtres d’entrée. Les partenariats demeurent la voie privilégiée.

Au-delà des chiffres, la bascule numérique modifie la relation entre l’État et les contribuables. La traçabilité des flux mobiles élargit l’assiette fiscale et fournit au ministère des Finances des données précieuses pour calibrer ses politiques. Dans le même temps, elle pose la question de la protection des données personnelles, sujet sur lequel la CBE doit composer avec les exigences sécuritaires et les standards internationaux.

L’enjeu pour les douze prochains mois portera sur la consolidation du secteur et l’extension des services à valeur ajoutée, du microcrédit à l’assurance digitale. La capacité de l’Égypte à transformer ce volume en services financiers diversifiés conditionnera l’impact réel sur l’inclusion économique. Selon Financial Afrik.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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