Riyad a scellé un partenariat étroit avec le chef du gouvernement libanais Nawaf Salam et pose désormais la résurrection de la Troïka comme préalable à toute entente politique majeure à Beyrouth. Cette ligne, révélée par le quotidien libanais Al Akhbar, traduit la volonté du royaume saoudien de reprendre une influence directe sur les arbitrages institutionnels du pays du Cèdre, à un moment où plusieurs dossiers stratégiques, dont la question de l’État et le cadre des négociations régionales, se trouvent suspendus à un consensus interne.
La Troïka désigne, dans la grammaire politique libanaise, le triangle décisionnel formé par le président de la République, le Premier ministre et le président de la Chambre des députés. Ce mécanisme informel, hérité de l’après-Taëf, avait structuré la gouvernance du pays durant les années 1990 et 2000 avant de se déliter sous l’effet des fractures confessionnelles et des ingérences régionales. Sa réactivation, telle que la conçoit Riyad, supposerait une coordination resserrée entre Joseph Aoun, Nawaf Salam et Nabih Berri, sur un périmètre de décisions élargi aux dossiers de souveraineté.
Un alignement saoudien sur la présidence du Conseil
Le choix de miser sur Nawaf Salam n’est pas neutre. Ancien ambassadeur du Liban aux Nations unies puis président de la Cour internationale de Justice, le chef du gouvernement incarne un profil de juriste internationaliste apprécié des chancelleries occidentales et du Golfe. Pour Riyad, qui avait pris ses distances avec Beyrouth durant l’ère du tandem Aoun-Hariri puis Mikati, ce nouvel exécutif offre un canal de dialogue jugé fiable. L’appui saoudien se traduirait par un soutien politique et, à terme, par une réouverture progressive des dossiers économiques bilatéraux.
Le royaume conditionne toutefois cet engagement à un format de gouvernance partagée. Selon les éléments rapportés, aucun accord global sur la structure de l’État ou sur le cadre des futures négociations, notamment celles touchant aux frontières, à l’armement non étatique ou aux relations avec les institutions financières internationales, ne saurait s’envisager sans validation conjointe des trois présidences. Cette exigence vise implicitement à neutraliser les arbitrages unilatéraux et à contenir le poids du Hezbollah dans les décisions sensibles.
La question de l’État et les négociations régionales en toile de fond
Le dossier de l’État au Liban recouvre plusieurs chantiers imbriqués : reconstitution de l’autorité publique sur l’ensemble du territoire, réforme du secteur bancaire après l’effondrement de 2019, application de la résolution 1701 dans le sud du pays et redéfinition des relations avec Damas. Chacun de ces volets exige un consensus interne minimal, faute de quoi les bailleurs internationaux, Fonds monétaire international en tête, maintiennent leur posture attentiste. La diplomatie saoudienne, en posant la Troïka comme cadre de validation, cherche à reconstruire un pivot institutionnel capable de porter ces réformes.
Sur le plan régional, la position de Riyad s’inscrit dans une recomposition plus large. Depuis la reprise des relations avec Téhéran en mars 2023 sous médiation chinoise, le royaume calibre son retour sur les théâtres où l’influence iranienne reste dominante. Le Liban, longtemps abandonné à son sort par la diplomatie saoudienne après le retrait de Saad Hariri, redevient un terrain d’investissement politique. Les visites successives de l’envoyé saoudien Yazid ben Farhane à Beyrouth en témoignent.
Une équation interne sous tension
Reste que la formule proposée par Riyad bute sur des résistances internes. Le président de la Chambre Nabih Berri, allié historique du Hezbollah, dispose d’une marge de manœuvre étroite face aux exigences saoudiennes. De son côté, Joseph Aoun, élu à la présidence en janvier dernier après plus de deux ans de vacance, doit composer avec une majorité parlementaire fragmentée. Le gouvernement Salam, bien que doté d’une feuille de route réformiste, demeure tributaire des équilibres confessionnels qui structurent l’exécutif libanais depuis l’accord de Taëf de 1989.
L’enjeu, pour les acteurs régionaux comme pour Beyrouth, dépasse la mécanique institutionnelle. La réactivation de la Troïka, si elle aboutit, pourrait redonner une cohérence à la position libanaise dans les négociations à venir, qu’elles concernent la frontière sud, le retour des réfugiés syriens ou la restructuration de la dette souveraine. À l’inverse, son échec consacrerait la fragmentation des centres de décision et prolongerait l’attentisme des partenaires extérieurs. Selon Al Akhbar, les contours de ce partenariat saoudien avec la présidence du Conseil se précisent dans les semaines à venir.
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