Ghana : l’État veut capter 30% de la production d’or des grandes mines

Aerial shot of a large quarry in Kaduna, Nigeria, during the day.Photo : LekePOV / Pexels

Premier producteur d’or du continent africain, le Ghana prépare un tournant majeur dans la gouvernance de son secteur minier. Les autorités d’Accra travaillent à un dispositif permettant à l’État de capter jusqu’à 30% de la production d’or issue des grandes exploitations industrielles installées dans le pays. L’initiative s’inscrit dans une volonté affichée de renforcer la souveraineté économique sur une ressource qui demeure la principale source de devises de la nation ouest-africaine.

Une refonte du partage de la rente aurifère

L’orientation gouvernementale traduit un changement de doctrine vis-à-vis des majors internationales qui dominent l’extraction aurifère au Ghana. Jusqu’à présent, l’État se contentait d’une participation minoritaire de 10% dans le capital des sociétés minières, conformément au régime hérité des réformes des années 1980, complétée par les redevances et l’impôt sur les bénéfices. Le seuil de 30% évoqué par Accra représenterait donc un triplement de la part publique dans la production effective, et non plus seulement dans la structure capitalistique.

Ce repositionnement intervient dans un contexte de flambée du métal jaune. L’once d’or, qui évolue sur des plus hauts historiques, alimente des marges considérables pour les opérateurs internationaux, parmi lesquels figurent Newmont, Gold Fields, AngloGold Ashanti ou encore Asante Gold. Pour Accra, la conjoncture justifie un rééquilibrage du partage de la valeur ajoutée, d’autant que le pays sort d’une séquence de restructuration de sa dette extérieure conduite sous l’égide du Fonds monétaire international (FMI).

Le précédent du GoldBod et la stratégie d’accumulation

La démarche ne sort pas de nulle part. En début d’année, les autorités ghanéennes ont créé le Ghana Gold Board (GoldBod), structure publique chargée de centraliser les achats d’or produit par le secteur artisanal et à petite échelle, jusque-là exposé à la contrebande et à l’évasion fiscale. Le mécanisme a déjà permis à la Banque du Ghana d’augmenter sensiblement ses réserves en métal précieux, contribuant à la stabilisation du cedi.

L’extension de cette logique aux grandes mines industrielles constituerait l’étape suivante. Concrètement, l’État entend pouvoir acheter une fraction substantielle de la production en monnaie locale, sécurisant ainsi un flux régulier d’or physique destiné à alimenter les réserves de change. Cette approche s’inspire de pratiques observées chez d’autres pays producteurs émergents qui ont fait du métal jaune un instrument de politique monétaire à part entière.

Reste que le passage à l’acte suppose une négociation serrée avec des opérateurs liés par des conventions minières de long terme, souvent assorties de clauses de stabilité fiscale. Toute modification unilatérale du régime applicable exposerait le Ghana à des recours arbitraux et à un signal négatif adressé aux investisseurs étrangers, à un moment où le pays cherche à relancer ses flux d’investissements directs.

Un signal pour l’ensemble du continent

L’initiative ghanéenne s’inscrit dans une vague continentale de réaffirmation de la souveraineté sur les ressources extractives. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont chacun engagé des révisions de leurs codes miniers ou des renégociations de contrats avec les multinationales du secteur. La Côte d’Ivoire, la Guinée et la République démocratique du Congo travaillent également à augmenter la part captée par l’État sur leurs filières aurifère, bauxitique ou cuprifère.

Le cas du Ghana revêt toutefois une portée particulière. Le pays produit annuellement plus de 4 millions d’onces d’or et sert souvent de référence en matière de stabilité juridique pour les investisseurs miniers africains. Une réforme aboutie y produirait un effet d’entraînement, susceptible d’accélérer la révision des contrats dans plusieurs juridictions voisines. À l’inverse, un échec ou un compromis dilué renverrait à la difficulté structurelle des États africains à imposer leurs conditions face à des groupes miniers d’envergure mondiale.

L’équation reste délicate. Accra devra arbitrer entre l’impératif budgétaire de court terme, la préservation de l’attractivité minière et la consolidation d’une véritable filière aurifère intégrée, incluant raffinage local et bijouterie industrielle. Selon Financial Afrik, le dossier figure désormais parmi les priorités économiques de l’exécutif ghanéen.

Pour aller plus loin

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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