Gabon : la mine de fer de Milingui entre en production fin 2026

Detailed texture of iron ore rock in Minas Gerais, Brazil, showcasing earthy tones and mineral structures.Photo : Malcoln Oliveira / Pexels

Le Gabon s’apprête à rejoindre, fin 2026, le cercle restreint des producteurs africains de minerai de fer. La convention minière paraphée le 15 mai 2026 à Libreville entre les autorités gabonaises et la société Havilah Mining Gabon scelle la mise en exploitation du gisement de Milingui, dans la Nyanga, après neuf années d’exploration géologique. L’accord matérialise une ambition portée de longue date par les pouvoirs publics : sortir de la dépendance quasi exclusive au manganèse et au pétrole pour adosser la rente minière à un nouveau pilier industriel.

Milingui, l’aboutissement d’un cycle d’exploration de neuf ans

Le permis de Milingui a longtemps figuré parmi les actifs en sommeil du sous-sol gabonais. L’arrivée de Havilah Mining Gabon, filiale locale d’un opérateur spécialisé dans les ressources ferreuses, a permis de boucler les campagnes de sondage et de définir un modèle géologique exploitable. La signature de la convention minière, étape juridique décisive, fixe le cadre fiscal et opérationnel de la future exploitation. Elle engage l’entreprise sur un calendrier resserré, avec un démarrage de la production industrielle attendu avant la fin de l’année 2026.

Concrètement, le texte définit les obligations de l’opérateur en matière de contenu local, de fiscalité minière et de retombées sociales pour les communautés de la Nyanga. Cette province méridionale, frontalière du Congo, dispose d’atouts logistiques précieux : sa proximité avec le corridor ferroviaire du Transgabonais et avec les façades portuaires du sud-ouest du pays facilite l’évacuation du minerai vers les marchés asiatiques, premiers consommateurs mondiaux de fer.

Une diversification stratégique au-delà du manganèse

L’économie gabonaise repose historiquement sur trois jambes : le pétrole, le bois et le manganèse. Avec une production annuelle qui place le pays parmi les principaux exportateurs mondiaux de manganèse, derrière l’Afrique du Sud et l’Australie, Libreville maîtrise les codes de la filière extractive. Mais la fenêtre pétrolière se referme à mesure que les champs matures déclinent, et la transition énergétique mondiale impose une réorientation des recettes publiques. Le fer apparaît dès lors comme un relais naturel.

Le gisement de Milingui ne joue pas dans la même catégorie que le projet géant de Bélinga, dont les réserves se comptent en milliards de tonnes et dont l’exploitation reste suspendue à des arbitrages logistiques et géopolitiques. Il offre néanmoins l’avantage décisif d’être prêt à produire à court terme. Pour le gouvernement, cette mise en service rapide constitue un signal envoyé aux investisseurs internationaux quant à la capacité du Gabon à transformer ses permis dormants en projets opérationnels.

Reste que la rentabilité du projet dépendra étroitement de l’évolution des cours mondiaux. Le minerai de fer s’échangeait autour de 100 dollars la tonne courant 2025, un niveau jugé soutenable pour des opérations de taille moyenne mais soumis à la volatilité de la demande chinoise. Les autorités gabonaises misent par ailleurs sur les effets d’entraînement attendus : emplois directs et indirects, sous-traitance locale, recettes fiscales additionnelles et structuration progressive d’un tissu industriel autour de la métallurgie.

Logistique et gouvernance, les défis de la montée en cadence

Le succès commercial de Milingui se jouera largement sur la chaîne d’évacuation. L’acheminement du minerai depuis la Nyanga jusqu’aux installations portuaires suppose des investissements complémentaires en infrastructures routières et ferroviaires. La Société d’exploitation du Transgabonais devra absorber un trafic additionnel sans pénaliser le manganèse de Moanda, déjà acheminé sur le même axe. Cette équation logistique constitue le principal point de vigilance des partenaires techniques du projet.

Par ailleurs, la gouvernance environnementale et sociale fera l’objet d’une attention soutenue. La Nyanga abrite des écosystèmes forestiers sensibles et des communautés rurales dont les attentes en matière de redistribution sont fortes. Havilah Mining Gabon devra démontrer sa capacité à respecter les standards internationaux en matière d’impact environnemental, sous peine de fragiliser l’acceptabilité sociale du projet. Les autorités, de leur côté, jouent une carte politique : transformer la promesse minière en bénéfices tangibles pour les territoires concernés.

Le démarrage attendu fin 2026 fera office de test grandeur nature pour la stratégie de diversification minière du Gabon. Selon Gabon Review.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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