Au Sénégal, le collectif Y’en a marre est revenu sur le devant de la scène samedi 25 avril, en organisant place de la Nation, à Dakar, une rencontre publique consacrée au bilan des deux premières années du président Bassirou Diomaye Faye et de son Premier ministre Ousmane Sonko. L’événement, ouvert aux citoyens et à des figures politiques d’horizons divers, s’est présenté comme une évaluation populaire de la trajectoire suivie par le pouvoir issu du scrutin présidentiel de mars 2024. Pour le mouvement né en 2011 dans le sillage de la contestation contre Abdoulaye Wade, l’exercice marque un retour assumé à son rôle historique de vigie civique.
Une évaluation citoyenne face au pouvoir Faye-Sonko
La place de la Nation, haut lieu des mobilisations dakaroises, a servi d’écrin à un format délibérément ouvert. Y’en a marre a invité militants, universitaires et responsables politiques à confronter les engagements de campagne du tandem au pouvoir aux réalisations effectives. La démarche se veut moins un procès qu’un audit citoyen, dans un pays où la rhétorique de la rupture avait porté Pastef à la magistrature suprême avec une promesse de souveraineté économique, de transparence et de moralisation de la vie publique.
Le collectif, longtemps perçu comme un compagnon de route critique des forces qui ont contesté le régime de Macky Sall, refuse l’étiquette d’opposition. Ses animateurs revendiquent une posture d’équidistance vis-à-vis des appareils partisans, fidèles à l’idée que la pression populaire constitue un levier de redevabilité plus efficace que l’alternance elle-même. Cette ligne, défendue depuis quinze ans, prend une coloration particulière face à un exécutif qui a lui-même prospéré sur la dénonciation des dérives du précédent régime.
Deux ans de présidence : promesses et points de friction
Élu en mars 2024 dès le premier tour, Bassirou Diomaye Faye avait incarné une rupture générationnelle et idéologique. Son arrivée au palais de la République, quelques jours après sa libération de prison, et la nomination d’Ousmane Sonko à la primature avaient nourri d’immenses attentes en matière de justice sociale, de renégociation des contrats extractifs et de réforme des institutions. Vingt-quatre mois plus tard, plusieurs chantiers restent en suspens, qu’il s’agisse de la mise en œuvre du référentiel Sénégal 2050, de la situation des finances publiques ou du climat des affaires.
La tension sociale autour du pouvoir d’achat, la question de l’emploi des jeunes et le traitement des dossiers judiciaires hérités de la précédente législature figurent parmi les points régulièrement soulevés par la société civile. La presse dakaroise relaie également des interrogations sur le rythme des réformes promises, alors que la majorité parlementaire issue des législatives anticipées de novembre 2024 a doté l’exécutif d’une marge de manœuvre confortable. Pour les animateurs de Y’en a marre, l’équation est claire : disposer des leviers institutionnels n’exonère pas du devoir de résultat.
Le retour d’une vigie civique dans le débat sénégalais
La séquence dakaroise renvoie à la matrice fondatrice du collectif. Créé par les rappeurs Thiat, Kilifeu et le journaliste Fadel Barro, Y’en a marre s’était imposé comme acteur central de la contestation contre la candidature controversée d’Abdoulaye Wade en 2012. Il avait par la suite gardé une distance critique sous Macky Sall, avant de se mobiliser lors des crises politiques de 2021 et 2023. La conférence du 25 avril réinscrit le mouvement dans cette continuité, en envoyant un signal au pouvoir en place : la patience de la société civile n’est ni acquise ni illimitée.
Reste que l’exercice place le tandem Faye-Sonko devant un miroir inhabituel. Les nouvelles autorités, qui ont elles-mêmes bénéficié d’un soutien actif de la jeunesse urbaine et des réseaux militants, peuvent difficilement disqualifier une démarche qu’elles auraient saluée hier. La question de la réception institutionnelle de ces critiques, et de leur traduction éventuelle en inflexions de politique publique, constituera l’un des marqueurs des prochains mois. À Dakar, plusieurs observateurs y voient un test grandeur nature de la maturité démocratique du pays. Selon RFI Afrique.
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