Zambie : Hichilema favori d’une présidentielle sous tension démocratique

A person with a wheelbarrow in front of Lusaka Stadium under a blue sky with clouds.Photo : Chisha Simpokolwe / Pexels

L’élection présidentielle en Zambie s’annonce comme un test grandeur nature pour la trajectoire démocratique de ce pays d’Afrique australe, riche en cuivre et stratégique pour les chaînes mondiales de métaux critiques. Hakainde Hichilema, élu en août 2021 après plusieurs tentatives infructueuses, brigue un nouveau mandat à la tête de la République le 13 août prochain. Quatre ans après son arrivée au pouvoir, le président zambien aborde le scrutin en position de force, mais sous le feu croisé des organisations non gouvernementales et d’une partie de l’opposition.

Un président sortant en position dominante

Le chef de l’État zambien capitalise sur la maîtrise de l’appareil exécutif et sur une visibilité internationale renforcée, notamment auprès des bailleurs occidentaux qui avaient salué son arrivée en 2021 comme un signal d’alternance démocratique réussie. À Lusaka, l’avantage du sortant tient autant à la dispersion des oppositions qu’à l’absence d’un challenger fédérateur capable de rééditer la coalition qui l’avait lui-même porté au pouvoir face à Edgar Lungu.

Sur le plan économique, le bilan reste contrasté. La restructuration de la dette souveraine zambienne, premier défaut souverain africain de l’ère post-Covid, a marqué le mandat. Mais la pression sur le pouvoir d’achat, les coupures électriques liées à la sécheresse et les tensions sur les recettes minières alimentent un mécontentement diffus que l’opposition tente de capitaliser.

Inquiétudes sur le rétrécissement de l’espace civique

La campagne s’ouvre dans un climat que plusieurs ONG zambiennes et observateurs internationaux qualifient de dégradé. Les organisations de défense des droits humains pointent une multiplication des poursuites contre des figures de l’opposition, des restrictions sur les rassemblements politiques et un usage extensif des dispositions pénales contre la diffamation et l’incitation. Des militants dénoncent également l’instrumentalisation supposée des forces de sécurité dans la gestion des réunions publiques.

Le débat se cristallise aussi autour d’un train de réformes adopté à un rythme inhabituel. Les détracteurs du gouvernement reprochent à la majorité présidentielle d’avoir fait passer plusieurs textes sensibles sans véritable consultation, dans un contexte préélectoral où chaque modification du cadre juridique peut peser sur la compétition. Plusieurs militants évoquent un verrouillage progressif, à rebours des promesses d’ouverture formulées par le candidat Hichilema en 2021.

Cette contradiction entre l’image internationale du dirigeant zambien, souvent présenté comme un réformateur libéral, et les alertes émises sur le terrain par la société civile constitue le paradoxe central de cette présidentielle. Pour les partenaires extérieurs, dont l’Union européenne, les États-Unis et les institutions financières internationales engagées dans la restructuration de la dette, la qualité du scrutin sera scrutée comme un indicateur de la solidité institutionnelle du pays.

Cuivre, dette et géopolitique régionale en toile de fond

Le scrutin du 13 août ne se limite pas à un arbitrage intérieur. La Zambie, deuxième producteur africain de cuivre, occupe une position centrale dans la compétition entre puissances pour les métaux nécessaires à la transition énergétique. Washington et Pékin se disputent influence et accès aux gisements, tandis que le corridor de Lobito, soutenu par les Occidentaux, vise à réorienter les flux logistiques zambiens vers l’Atlantique via l’Angola.

L’issue du vote pèsera donc au-delà des frontières nationales. Une réélection contestée fragiliserait la signature du pays auprès des créanciers, alors que la mise en œuvre de l’accord de restructuration de la dette extérieure reste un chantier sensible. À l’inverse, un processus jugé crédible conforterait Lusaka comme partenaire de référence en Afrique australe, à un moment où plusieurs voisins, du Mozambique au Zimbabwe, traversent leurs propres turbulences politiques.

Reste la question du jour d’après. Les organisations citoyennes zambiennes appellent déjà à un déploiement massif d’observateurs nationaux et régionaux, sous l’égide de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Concrètement, la capacité de la commission électorale à garantir transparence et équité dans le décompte déterminera, plus encore que les rapports de force partisans, la lecture qui sera faite de ce rendez-vous. Selon RFI Afrique.

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About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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