L’économie iranienne traverse une zone de turbulences majeure. Depuis le début de la guerre, près de deux millions d’emplois auraient été détruits, tandis que certains produits de consommation voient leurs prix multipliés par trois. À cette spirale inflationniste s’ajoute une coupure de l’accès à l’internet mondial, qui paralyse une large part de l’activité commerciale et technologique du pays. Les petites entreprises, colonne vertébrale du marché intérieur iranien, encaissent de plein fouet ce choc combiné.
Une inflation qui pulvérise les marges des commerçants
Pour les détaillants, la flambée des prix se traduit par une équation impossible. Le coût des intrants importés s’envole sous l’effet de la dépréciation du rial et des sanctions renforcées, tandis que le pouvoir d’achat des ménages s’effrite. Les boutiques en ligne, qui avaient connu une expansion notable ces dernières années, voient leurs ventes s’effondrer faute de clients solvables et de chaîne logistique fiable.
Les propriétaires de petites structures décrivent un quotidien marqué par l’incertitude. Les commandes des fournisseurs sont renégociées chaque semaine, parfois chaque jour, en fonction des variations du taux de change parallèle. Reste que la majorité des commerçants peinent à répercuter intégralement les hausses sur leurs prix de vente, sous peine de perdre leur clientèle. Le résultat est mécanique : la marge se contracte, la trésorerie s’épuise, et les fermetures se multiplient dans les bazars comme dans les zones commerciales périphériques de Téhéran.
La coupure d’Internet, coup de grâce pour l’économie numérique
La décision des autorités de restreindre l’accès à l’internet mondial frappe particulièrement l’écosystème technologique. Les start-up iraniennes, qui s’étaient développées en marge des sanctions occidentales en s’appuyant sur des solutions de contournement, se retrouvent privées de leurs outils de travail. Hébergement cloud, plateformes de paiement, services de visioconférence, dépôts de code : autant de ressources désormais inaccessibles ou dégradées.
Les fondateurs de jeunes pousses témoignent d’une situation devenue intenable. Les contrats avec des clients étrangers, déjà fragilisés par les sanctions, sont rompus faute de pouvoir livrer ou communiquer. En interne, le télétravail est paralysé et les équipes commerciales tournent au ralenti. Certains entrepreneurs envisagent ouvertement de délocaliser tout ou partie de leur activité vers la Turquie, les Émirats arabes unis ou l’Arménie, accélérant une fuite des compétences déjà engagée avant le conflit.
Cette restriction ne pénalise pas que la tech. Les artisans, les petits exportateurs et les commerçants qui utilisaient les réseaux sociaux pour écouler leur production se retrouvent sans canal de vente. Concrètement, des milliers de micro-entreprises bâties autour d’Instagram ou de Telegram, deux plateformes massivement utilisées en Iran malgré les filtrages, voient leur modèle s’effondrer du jour au lendemain.
Un tissu productif fragilisé pour longtemps
Au-delà du choc immédiat, la durée du conflit et l’incertitude sur la levée des restrictions numériques hypothèquent toute reprise rapide. Les banques iraniennes, déjà coupées du système Swift, n’offrent plus aucune visibilité aux entrepreneurs souhaitant investir. Les crédits aux PME se sont taris, et les dispositifs publics de soutien restent largement insuffisants face à l’ampleur des destructions de valeur.
Le marché du travail subit lui aussi un effet de ciseau. Les deux millions d’emplois détruits évoqués s’ajoutent à un chômage des jeunes diplômés déjà élevé avant le conflit. La classe moyenne urbaine, qui constituait le principal moteur de la consommation, glisse vers la précarité. Par ailleurs, l’économie informelle, refuge habituel en période de crise, peine à absorber les déclassés faute de circulation monétaire suffisante.
Les autorités mettent en avant la résilience d’une économie habituée aux sanctions depuis plusieurs décennies. Mais cette résilience repose sur des amortisseurs en voie d’épuisement : réserves de change réduites, parc industriel vieillissant, exode des talents. À l’inverse des chocs précédents, le verrouillage numérique prive cette fois l’Iran de l’un de ses rares relais de croissance, l’économie de la connaissance et des services en ligne.
Selon France 24 Moyen-Orient, les témoignages recueillis auprès de commerçants en ligne, de patrons de petites entreprises et de fondateurs de start-up dressent un tableau convergent : celui d’un tissu productif au bord de la rupture, dont la reconstruction prendra plusieurs années une fois les armes tues.
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