Cheikh Qassem somme le pouvoir libanais de corriger ses « erreurs graves »

Aerial view of Beirut's dense skyline showcasing modern skyscrapers and urban sprawl.Photo : Jo Kassis / Pexels

Le secrétaire général du Hezbollah, cheikh Naïm Qassem, a haussé le ton à l’égard du gouvernement libanais, lui enjoignant de revenir sur ce qu’il a qualifié de graves errements dans la conduite des affaires publiques et la gestion du dossier sécuritaire face à Israël. Dans une intervention reprise par la presse libanaise, le successeur de Hassan Nasrallah a réaffirmé que la formation chiite n’admettra aucune présence israélienne, fût-elle d’un mètre carré, sur le territoire national. Le propos s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes le long de la frontière sud, près d’un an après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de novembre 2024.

Une mise en garde frontale au pouvoir libanais

Le ton retenu par le dirigeant du Hezbollah tranche avec la prudence affichée ces derniers mois par la formation, fragilisée par la guerre de 2024 et la perte de plusieurs de ses cadres. Cheikh Naïm Qassem a sommé les autorités de Beyrouth de corriger leur trajectoire, dénonçant des décisions qu’il juge contraires à l’intérêt national. Le religieux n’a pas détaillé l’ensemble des griefs, mais ses propos visent implicitement la pression exercée par l’exécutif sur la question des armes de la résistance, un sujet devenu central depuis l’investiture du président Joseph Aoun et la formation du gouvernement de Nawaf Salam au début de l’année 2025.

Le différend porte sur la feuille de route soutenue par Washington et plusieurs capitales européennes, qui plaide pour un monopole de l’État sur la détention des armes au sud du Litani. Pour le mouvement chiite, toute concession sur ce terrain équivaudrait à désarmer le Liban face à un voisin qu’il considère comme une menace existentielle. Le secrétaire général a pris soin de présenter ses critiques comme un appel au sursaut, et non comme une rupture, tout en laissant peu d’espace à un compromis immédiat.

Le dossier de l’occupation israélienne au sud

L’autre volet de l’intervention concerne la présence militaire israélienne sur cinq positions du sud-Liban, maintenues malgré l’échéance fixée par les accords de cessation des hostilités. Cheikh Qassem a martelé que l’ennemi ne conservera aucune portion du territoire libanais, formule reprise mot pour mot par Al Akhbar. Cette ligne rouge, réitérée à plusieurs reprises depuis le printemps, vise autant à galvaniser la base partisane qu’à signifier aux médiateurs internationaux que le statu quo ne saurait perdurer indéfiniment.

Sur le terrain, les frappes israéliennes ciblées se sont poursuivies durant l’été et l’automne 2025, frappant des cadres présumés du parti et des infrastructures dans la Békaa et au Sud. La Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), dont le mandat a été reconduit, peine à contenir les incidents. Beyrouth multiplie les protestations diplomatiques, sans obtenir d’inflexion sensible de la part de l’État hébreu, qui invoque la nécessité de prévenir tout réarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani.

Un équilibre interne sous tension

L’avertissement adressé au pouvoir intervient à un moment où la formation chiite tente de reconstruire son architecture militaire et politique après les pertes infligées par l’aviation israélienne. La rhétorique martiale du secrétaire général sert également un objectif interne : maintenir la cohésion d’une base éprouvée par les déplacements forcés et les destructions dans la banlieue sud de Beyrouth, à Nabatiyé et dans plusieurs villages frontaliers. Les estimations gouvernementales chiffrent à plusieurs milliards de dollars le coût de la reconstruction, un fardeau que l’État libanais ne peut assumer sans appui extérieur.

Le Conseil de coopération du Golfe, l’Arabie saoudite en tête, conditionne tout retour de ses financements à un encadrement strict de l’arsenal du parti. Paris et Washington tiennent un discours convergent. Cette équation place le gouvernement Salam dans une posture délicate, contraint de naviguer entre les exigences des bailleurs internationaux et la réalité d’une formation qui demeure, malgré l’érosion, l’acteur politico-militaire le mieux organisé du pays. Les déclarations du chef du Hezbollah traduisent une volonté de fixer le cadre du débat avant toute négociation décisive.

Reste à mesurer la portée concrète de cette mise en garde. Les prochains mois verront se cristalliser le bras de fer autour du désarmement, de la frontière sud et du financement de la reconstruction. Selon Al Akhbar, le secrétaire général entend maintenir une ligne ferme sur ces trois fronts, sans céder à ce qu’il décrit comme les pressions conjuguées de l’étranger et de certains responsables libanais.

Pour aller plus loin

Téhéran propose de rouvrir Hormuz contre un report du dossier nucléaire · Syrie : les capitaux du Golfe affluent pour reconstruire Damas · Liban : Al Akhbar publie une chronique d’opinion sans données factuelles

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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