Juliana Lumumba en campagne pour diriger l’OIF en 2026

Aerial view of city under a bright blue sky with scattered clouds.Photo : Vika Glitter / Pexels

La candidature de Juliana Lumumba au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) cristallise une partie des débats sur l’avenir de l’institution, à six mois du sommet de novembre 2026 où sera désigné le successeur de l’actuelle direction. L’ancienne ministre de la Culture de la République démocratique du Congo (RDC) revendique une approche de rupture, articulée autour d’une « Francophonie des peuples » qu’elle veut substituer à une diplomatie jugée trop institutionnelle. Quatre personnalités sont aujourd’hui en lice pour prendre la tête de l’organisation, signe d’une compétition inédite par son intensité.

Une candidate au profil politique et symbolique

Juliana Lumumba n’est pas une inconnue de la scène culturelle francophone. Fille de Patrice Lumumba, figure de l’indépendance congolaise assassiné en 1961, elle a occupé le portefeuille de la Culture à Kinshasa et a circulé dans les cercles diplomatiques africains pendant plus de deux décennies. Cette filiation politique pèse dans sa démarche : la candidate inscrit explicitement sa vision dans une lecture postcoloniale des relations entre Paris et le continent, sans renier l’appartenance à l’espace linguistique commun.

Son positionnement répond à une attente diffuse dans plusieurs capitales africaines, où l’OIF est régulièrement critiquée pour son manque de visibilité et son éloignement des préoccupations sociales. La candidate congolaise estime que l’organisation doit retrouver une utilité concrète pour les locuteurs francophones, qu’ils soient à Kinshasa, Dakar, Beyrouth ou Port-au-Prince. Cette ligne tranche avec l’approche plus diplomatique défendue par d’autres prétendants au poste.

Refonder une organisation contestée

Le terme de « refondation » revient comme un marqueur dans le discours de Juliana Lumumba. Il traduit le constat d’une institution dont la pertinence est questionnée par plusieurs États membres, à commencer par ceux du Sahel. Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger des instances de la Francophonie, sur fond de ruptures avec Paris, a fragilisé le récit d’un espace linguistique cohérent. La crise s’est doublée d’interrogations budgétaires sur les programmes phares de l’organisation, notamment dans l’éducation et le numérique.

Face à ce diagnostic, la candidate plaide pour un repositionnement de l’OIF sur trois axes : la jeunesse, la culture et la mobilité intra-francophone. Elle entend également réinterroger le mode de gouvernance, perçu comme trop centré sur les chancelleries du Nord. La proposition consiste à ouvrir davantage l’institution aux sociétés civiles, aux artistes et aux acteurs économiques, sans pour autant rompre avec le multilatéralisme classique qui structure l’organisation depuis 1970.

Une élection à fort enjeu géopolitique

Le scrutin de novembre 2026 dépasse la simple succession administrative. Il intervient alors que la France traverse une recomposition profonde de ses relations avec plusieurs États africains et que des puissances concurrentes, de la Russie à la Turquie en passant par les monarchies du Golfe, étendent leur influence dans des zones traditionnellement liées à la Francophonie. La désignation du prochain secrétaire général sera scrutée comme un signal politique, autant que comme un choix de gestion.

Les trois autres candidatures déclarées dessinent un éventail de profils diplomatiques et techniques. La compétition s’annonce ouverte, le consensus traditionnel autour d’une personnalité de compromis n’étant plus garanti. Plusieurs États du Sud, en particulier africains, souhaitent peser davantage sur le résultat final, alors que le poids démographique du continent dans l’espace francophone ne cesse de croître. Les projections situent à plus de 700 millions le nombre de locuteurs francophones à l’horizon 2050, dont l’écrasante majorité en Afrique.

Pour Juliana Lumumba, cette donnée démographique constitue à la fois un argument de campagne et un levier de légitimité. La candidate met en avant son ancrage congolais, dans un pays qui revendique le statut de premier État francophone au monde par la population. Reste à convertir ce capital symbolique en soutiens politiques tangibles auprès des 88 États et gouvernements membres, observateurs ou associés, qui composent le corps électoral de l’organisation. Selon RFI Afrique.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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