Darmanin à Alger pour relancer la coopération judiciaire franco-algérienne

A stunning aerial view of Algiers cityscape at sunrise with a golden sky.Photo : Yassine Boukhenifra / Pexels

La visite de Gérald Darmanin en Algérie, programmée pour vingt-quatre heures à compter du lundi 18 mai, marque une inflexion notable dans la relation bilatérale franco-algérienne. Le garde des Sceaux, qui se rendra à Alger avec plusieurs hauts magistrats français, doit rencontrer son homologue Lotfi Boudjemaa pour évoquer la relance de la coopération sécuritaire et judiciaire entre les deux capitales. Après près de deux ans d’une crise diplomatique d’une intensité inédite, cette séquence prend valeur de test pour mesurer la volonté réelle des deux gouvernements de renouer un dialogue opérationnel.

Une coopération sécuritaire à reconstruire pièce par pièce

Le périmètre de la mission ministérielle reste circonscrit, mais hautement symbolique. La présence aux côtés du ministre de plusieurs responsables de la magistrature française signale que Paris souhaite traiter de sujets concrets : entraide pénale internationale, exécution des décisions de justice, traitement des dossiers consulaires sensibles et gestion des laissez-passer pour les ressortissants algériens visés par des mesures d’éloignement. Ce dernier point constitue, depuis plusieurs mois, l’un des principaux irritants entre les deux administrations. Les autorités françaises reprochent à Alger la lenteur, voire le blocage, de la délivrance de ces documents, indispensables aux reconduites à la frontière.

La rencontre avec Lotfi Boudjemaa, ministre algérien de la Justice et garde des Sceaux, doit permettre d’aborder ces dossiers techniques sans réinvestir le terrain politique frontal. Le choix de Gérald Darmanin pour ce déplacement n’est pas anodin. Connu pour son tropisme régalien et ses positions fermes sur les questions migratoires lorsqu’il occupait la place Beauvau, il dispose d’une légitimité particulière pour porter un message à la fois exigeant et constructif auprès des autorités algériennes.

Sortir d’une brouille déclenchée à l’été 2024

La crise diplomatique entre Paris et Alger remonte à la décision du président Emmanuel Macron, en juillet 2024, d’apporter son soutien au plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental. Ce repositionnement, vécu à Alger comme une rupture d’équilibre, avait entraîné le rappel de l’ambassadeur algérien en France et le gel de plusieurs canaux de dialogue. Les mois suivants ont vu s’enchaîner les contentieux : affaire de l’écrivain Boualem Sansal, arrestations croisées, durcissement des contrôles consulaires, polémiques sur les visas et tensions médiatiques répétées.

La tentative de réchauffement amorcée au printemps n’a pas véritablement abouti. Les visites de plusieurs émissaires français à Alger sont restées sans lendemain immédiat. La séquence ouverte par Gérald Darmanin se distingue par son caractère institutionnel et son ancrage dans un ministère opérationnel, plutôt que dans une diplomatie de gestes. Reste que les deux capitales avancent en terrain miné, chacune devant composer avec ses opinions publiques et ses équilibres politiques internes.

Un dégel sous surveillance des deux capitales

Pour l’exécutif français, restaurer une coopération judiciaire fonctionnelle avec l’Algérie répond à plusieurs impératifs. Le premier concerne la sécurité intérieure, à un moment où les autorités françaises insistent sur la nécessité de mieux traiter les ressortissants étrangers impliqués dans des affaires pénales. Le second touche à la lutte contre la criminalité organisée et le trafic transméditerranéen, qui suppose un partage d’informations entre parquets, services d’enquête et magistrats des deux rives. Le troisième relève de la diplomatie de long cours : aucun dossier régional structurant, du Sahel à la Libye en passant par les flux énergétiques, ne peut être traité sans un minimum de fluidité entre Paris et Alger.

Côté algérien, la prudence reste de mise. Le pouvoir entend obtenir des signaux tangibles, notamment sur le traitement réservé à ses ressortissants en France et sur la posture française à l’égard du dossier sahraoui. Les magistrats accompagnant Gérald Darmanin auront pour tâche de poser les fondations techniques d’une reprise progressive, sans surpromesse ni effet d’annonce. Le succès de la visite se mesurera moins aux communiqués finaux qu’à la réouverture effective de canaux gelés depuis vingt-deux mois.

Selon Le Monde Afrique.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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