Sud syrien : Israël intensifie ses incursions pour vider les villages

Scenic view of tents in a rural Idlib setting, showcasing traditional living amid natural landscapes.Photo : Ahmed akacha / Pexels

Les incursions israéliennes dans le sud de la Syrie prennent une tournure plus systématique. Dans plusieurs localités des gouvernorats de Qouneitra et Deraa, l’armée israélienne multiplie depuis plusieurs semaines les patrouilles, les fouilles de maisons et les arrestations, selon les éléments recueillis sur place par le quotidien libanais Al Akhbar. La séquence s’inscrit dans la poursuite du redéploiement militaire engagé après le 8 décembre 2024, lorsque Tel-Aviv a profité de l’effondrement du pouvoir baasiste pour franchir la ligne de désengagement de 1974 et s’implanter au-delà de la zone démilitarisée.

Une pression méthodique sur les villages frontaliers

Les témoignages relayés évoquent un mode opératoire répétitif. Des unités blindées pénètrent à l’aube dans les villages, encerclent des quartiers entiers, convoquent les hommes pour vérification d’identité et somment certaines familles d’évacuer leurs habitations situées à proximité immédiate des positions nouvellement tenues par l’armée israélienne. Plusieurs localités telles que Al-Hamidiyé, Al-Assbah, Al-Rafid ou encore Maariyé figurent parmi les zones les plus exposées à ces opérations.

Les habitants décrivent un climat d’intimidation graduelle. Au-delà des perquisitions, des terres agricoles sont confisquées, des routes coupées, des puits placés sous contrôle militaire. Cette logique d’asphyxie économique, conjuguée à la destruction d’infrastructures civiles, pousserait une partie des résidents à quitter d’eux-mêmes leurs foyers, faute de pouvoir cultiver ou circuler. Selon Al Akhbar, ce mouvement de départs n’a rien de spontané : il résulterait d’un calcul délibéré visant à instaurer une bande frontalière dépeuplée.

Une zone tampon élargie au-delà du Golan occupé

Sur le plan stratégique, l’objectif assigné à ces opérations dépasse la simple sécurisation des positions héritées du Golan, occupé depuis 1967 et annexé en 1981. Tel-Aviv cherche désormais à constituer une seconde ceinture de sécurité, en territoire syrien reconnu, similaire dans son principe à celle imposée au sud du Liban. Cette extension territoriale, qualifiée de provisoire par les autorités israéliennes, prend de fait un caractère durable à mesure que se multiplient les avant-postes fixes et les axes de patrouille.

La présence militaire s’accompagne d’une politique d’accointance avec certaines composantes locales, notamment dans les zones à majorité druze de Soueida et de Qouneitra. Tel-Aviv s’est posé en protecteur de cette minorité après les affrontements meurtriers de l’été 2024, ce qui lui offre un levier d’influence supplémentaire dans une région où le pouvoir central de Damas peine à rétablir son autorité. Cette instrumentalisation des fractures confessionnelles complique la tâche des nouvelles autorités syriennes, issues de l’ancienne nébuleuse de Hayat Tahrir al-Cham.

Damas sommée d’arbitrer entre négociation et confrontation

Pour les nouvelles autorités syriennes, la situation au sud constitue un test majeur. Engagées dans une recherche de reconnaissance internationale et de levée des sanctions occidentales, elles ont jusqu’ici privilégié une réponse mesurée aux incursions israéliennes, refusant d’ouvrir un front militaire qu’elles savent perdu d’avance. Des contacts indirects, sous médiation américaine et émiratie, auraient été engagés afin de discuter d’un possible arrangement sécuritaire, sans qu’aucun cadre formel n’ait émergé à ce stade.

Reste que l’opinion locale s’impatiente. Les vidéos de soldats israéliens fouillant des maisons ou interpellant des civils circulent largement sur les réseaux sociaux et nourrissent une pression croissante sur Damas. Plusieurs notables tribaux du Hauran ont publiquement réclamé une posture plus ferme, tandis que des organisations de défense des droits humains documentent les déplacements forcés. La communauté internationale, mobilisée par d’autres dossiers régionaux, n’a pour l’heure formulé que des appels prudents au respect de l’accord de désengagement.

Concrètement, la consolidation de cette nouvelle ligne avancée redessine la géographie sécuritaire du Levant. Elle place le futur syrien dans une dépendance accrue aux arbitrages israéliens et américains, tout en réduisant les marges de manœuvre du nouveau pouvoir à Damas. Selon Al Akhbar, les habitants du sud syrien redoutent désormais que l’évacuation progressive de leurs villages ne devienne irréversible.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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