Kenya : Safaricom décroche une licence télécoms de 25 ans

Explore the vibrant skyline of Nairobi with its modern skyscrapers under an overcast sky.Photo : Mukula Igavinchi / Pexels

L’opérateur Safaricom dispose désormais d’un horizon réglementaire dégagé jusqu’au milieu du siècle. La filiale du britannique Vodafone et du sud-africain Vodacom a obtenu du régulateur kényan le renouvellement de sa licence unifiée pour vingt-cinq années supplémentaires, consolidant son emprise sur le premier marché télécoms d’Afrique de l’Est. Cette décision intervient alors que l’opérateur célèbre près de trois décennies de présence au Kenya et revendique plus de quarante millions d’abonnés actifs sur l’ensemble de ses services.

Un verrou réglementaire qui prolonge la domination de Safaricom

La licence accordée par l’Autorité des communications du Kenya (Communications Authority of Kenya, CAK) couvre l’ensemble des activités historiques du groupe : téléphonie mobile, internet haut débit, services à valeur ajoutée et infrastructures de transmission. Sa durée, exceptionnellement longue à l’échelle du continent, traduit une volonté politique d’ancrer le champion national dans la durée et de garantir la visibilité nécessaire aux investissements de réseau. Les autorités kényanes considèrent Safaricom comme un actif stratégique, à la fois pour la fiscalité, l’emploi qualifié et la diffusion des services numériques en zone rurale.

L’opérateur, coté à la Bourse de Nairobi, contribue à lui seul à une part substantielle des recettes fiscales du pays. Sa capitalisation, longtemps première du marché kényan, en fait également un baromètre de la confiance des investisseurs internationaux dans l’économie est-africaine. Le renouvellement signé pour un quart de siècle évacue l’incertitude qui pesait sur la suite du cycle d’investissement, notamment dans la 5G déployée depuis 2023 et dans l’extension de la fibre optique vers les comtés du nord et de l’ouest.

M-Pesa, le cœur stratégique de la licence

Au-delà des télécommunications classiques, l’enjeu central porte sur M-Pesa, la plateforme de paiement mobile lancée en 2007 et devenue la principale infrastructure financière du pays. Le service traite chaque année l’équivalent de plusieurs dizaines de milliards de dollars de transactions et touche une majorité de la population adulte kényane. La sécurisation de la licence de Safaricom protège mécaniquement la continuité de ce système, désormais étroitement intégré aux paiements gouvernementaux, à la fiscalité numérique et aux services bancaires de proximité.

Le groupe a entrepris depuis plusieurs années de filialiser ses activités de mobile money sous une entité dédiée, afin de répondre aux exigences croissantes du régulateur financier. Cette architecture, distincte du cœur télécoms mais adossée à la même base d’abonnés, bénéficie indirectement du long horizon désormais offert par la CAK. Les ambitions d’exportation du modèle M-Pesa, notamment en Éthiopie où Safaricom a obtenu une licence en 2022, s’en trouvent également renforcées par la stabilité du marché kényan.

Pression concurrentielle et exigences de service universel

Reste que l’octroi d’une licence aussi longue ne se fait pas sans contreparties. Le régulateur kényan a multiplié ces derniers mois les signaux en faveur d’une concurrence plus équilibrée, alors que Safaricom contrôle environ deux tiers du marché mobile, loin devant Airtel Kenya et Telkom Kenya. Les débats récurrents sur le partage d’infrastructures, la portabilité des numéros et l’interopérabilité des plateformes de paiement devraient se poursuivre, avec des obligations renforcées pour l’opérateur historique.

Les autorités attendent par ailleurs des engagements concrets en matière de couverture des zones mal desservies, de cybersécurité et de protection des données personnelles. La loi kényane sur la donnée, entrée en application en 2021, impose des standards élevés que les opérateurs doivent intégrer dans leur exploitation quotidienne. Pour Safaricom, le défi consistera à maintenir ses marges, parmi les plus élevées du continent, tout en absorbant ces obligations et en finançant la montée en gamme de son réseau.

Sur le plan régional, la prolongation envoie un signal aux capitales voisines, de Kampala à Addis-Abeba, sur la capacité du Kenya à offrir un cadre prévisible aux opérateurs intégrés. Elle conforte également la stratégie de Vodacom et Vodafone, qui ont fait de Nairobi leur tête de pont africaine pour les services financiers numériques. Selon Financial Afrik, l’autorisation court sur vingt-cinq années pleines à compter de sa délivrance.

Pour aller plus loin

Starlink reconnaît une erreur tarifaire envoyée à ses clients africains · Starlink rétropédale sur une hausse tarifaire envoyée par erreur · Côte d’Ivoire : la 3e édition du salon mobile s’ouvre à Abidjan

Actualité africaine

About the Author

Prosper Mbouma
Journaliste économique spécialisé dans les télécommunications et la souveraineté numérique. Ancien correspondant pour plusieurs publications panafricaines, Prosper Mbouma suit depuis une décennie les stratégies des opérateurs mobiles, les politiques spectrales et l'infrastructure numérique de l'Afrique francophone. Il analyse régulièrement les implications géopolitiques de la 5G et des câbles sous-marins.

Be the first to comment on "Kenya : Safaricom décroche une licence télécoms de 25 ans"

Laisser un commentaire