Côte d’Ivoire : la 3e édition du salon mobile s’ouvre à Abidjan

Engaging customer service interaction at a technology booth during an exhibit, featuring staff and potential clients.Photo : khezez | خزاز / Pexels

La troisième édition du salon des téléphones et applications mobiles a été lancée à Abidjan, confirmant l’ambition de la Côte d’Ivoire de structurer une filière numérique mobile autour de ses acteurs nationaux et internationaux. La manifestation rassemble fabricants d’équipements, éditeurs d’applications, opérateurs télécoms et représentants institutionnels, dans un pays où le smartphone constitue désormais le principal terminal d’accès à internet. L’édition 2024 s’inscrit dans une dynamique de consolidation, après deux premières éditions qui avaient permis de poser les jalons d’un dialogue entre l’industrie et la puissance publique.

Sur le plan stratégique, l’événement intervient alors que le marché ivoirien des télécommunications poursuit sa croissance, porté par trois opérateurs principaux et par une demande soutenue en services data. Les autorités voient dans ce salon une vitrine pour les start-up locales spécialisées dans le développement d’applications, un segment encore embryonnaire mais identifié comme un levier de création d’emplois qualifiés. Concrètement, il s’agit de positionner Abidjan comme un point de passage régional pour les acteurs de l’écosystème mobile en Afrique de l’Ouest francophone.

Un marché mobile ivoirien en pleine montée en puissance

La Côte d’Ivoire compte parmi les marchés télécoms les plus dynamiques de la sous-région, avec un taux de pénétration mobile supérieur à 150 % et une bascule progressive vers les usages data. Le téléphone portable y joue un rôle central pour les paiements, l’accès à l’information administrative et la consommation de contenus. Cette réalité fait du terminal mobile un objet économique stratégique, à la croisée des intérêts des constructeurs asiatiques, des distributeurs locaux et des autorités de régulation.

Le salon vise précisément à mettre en lumière cette chaîne de valeur, depuis l’importation et l’assemblage des appareils jusqu’à la conception d’applications adaptées aux usages locaux. Les organisateurs entendent y présenter des solutions destinées à l’agriculture, à la santé, à l’éducation et au commerce électronique, autant de verticales où le mobile sert d’infrastructure de substitution face aux carences d’autres réseaux. Reste que la dépendance à des terminaux importés et à des systèmes d’exploitation étrangers continue d’interroger la souveraineté numérique du pays.

Applications locales et souveraineté numérique en débat

L’essor des applications mobiles développées en Côte d’Ivoire constitue l’un des axes forts de cette édition. Les pouvoirs publics, à travers le ministère en charge de l’Économie numérique, cherchent à encourager l’émergence de champions nationaux capables de capter une part de la valeur générée par les usages mobiles, aujourd’hui largement orientée vers les plateformes internationales. Les magasins d’applications, dominés par Google et Apple, prélèvent des commissions qui pèsent sur la rentabilité des développeurs africains.

Plusieurs initiatives locales, dans le mobile money, la mobilité urbaine ou la livraison, illustrent toutefois la capacité de l’écosystème ivoirien à produire des solutions compétitives. Le salon offre à ces acteurs une plateforme de visibilité auprès des investisseurs et des grands comptes susceptibles d’intégrer leurs services. Par ailleurs, la question du financement reste centrale, le capital-risque demeurant peu disponible pour les start-up de la zone franc, contraintes de chercher des relais à Lagos, Nairobi ou Paris.

Un rendez-vous régional pour les acteurs du numérique

Au-delà de la dimension commerciale, la manifestation revêt une portée diplomatique et économique pour Abidjan, qui ambitionne de rivaliser avec Dakar et Lagos comme hub numérique régional. La présence attendue de délégations venues d’autres pays de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) renforce cette dimension d’influence. Les opérateurs panafricains, dont Orange, MTN et Moov Africa, y trouvent un espace pour présenter leurs offres convergentes mêlant terminaux subventionnés et services à valeur ajoutée.

Pour les pouvoirs publics ivoiriens, ce type de salon participe d’une politique plus large de promotion de l’économie numérique, identifiée comme l’un des relais de croissance du Plan national de développement. Les retombées attendues concernent autant la formation de talents que l’attractivité du pays pour les investissements technologiques étrangers. Dans le même temps, les exposants comptent sur l’événement pour stimuler les ventes de fin d’année, période traditionnellement favorable au renouvellement des terminaux. Selon Abidjan.net.

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Prosper Mbouma
Journaliste économique spécialisé dans les télécommunications et la souveraineté numérique. Ancien correspondant pour plusieurs publications panafricaines, Prosper Mbouma suit depuis une décennie les stratégies des opérateurs mobiles, les politiques spectrales et l'infrastructure numérique de l'Afrique francophone. Il analyse régulièrement les implications géopolitiques de la 5G et des câbles sous-marins.

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