Le marché du Mobile Money au Cameroun conforte en 2024 son statut de premier pôle de paiement électronique de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Selon le rapport annuel sur les services de paiement publié par la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC), le pays totalise 65,1 % des comptes de monnaie électronique recensés dans l’espace à six pays — Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Tchad et République centrafricaine. Un an plus tôt, cette part s’établissait à 62,1 %, soit une progression de trois points qui traduit la vigueur persistante de l’écosystème camerounais.
Plus de 30 millions de comptes actifs au Cameroun
Au 31 décembre 2024, la sous-région cumule un peu plus de 51,2 millions de comptes de paiement mobile, en hausse de 28 % sur un an. Le Cameroun en héberge à lui seul 30,9 millions, contre 24,86 millions douze mois plus tôt. La création nette de plus de six millions de comptes en l’espace d’un exercice illustre l’ancrage du paiement mobile dans les usages quotidiens, des transferts domestiques aux règlements de factures, en passant par la distribution de salaires et la collecte fiscale.
La BEAC associe cette dynamique à la généralisation des applications bancaires mobiles, qui permettent désormais aux clients de juxtaposer, à leur compte bancaire classique, un compte de paiement de type Mobile Money. La banque centrale souligne par ailleurs un changement technique décisif : la dissociation entre l’identifiant téléphonique et le compte de paiement de l’opérateur télécoms. Avec un seul numéro, un utilisateur peut ouvrir plusieurs comptes auprès d’établissements agréés différents, ce qui élargit mécaniquement la base de comptes recensée par le régulateur.
26 773 milliards de FCFA de transactions, l’écart se creuse
Sur le volet des flux, la photographie reste tout aussi parlante. Les transactions Mobile Money dans la Cemac ont progressé de 6,42 % en volume, à 3,7 milliards d’opérations, et de 20,33 % en valeur, à 34 778,5 milliards de FCFA. Le Cameroun absorbe à lui seul 26 773 milliards de FCFA, soit près de quatre fois le cumul du Congo et du Gabon réunis. Cette concentration confère au marché camerounais un rôle d’amortisseur et d’entraînement pour l’ensemble des opérateurs régionaux.
La part camerounaise dans la valeur totale s’établit à 57 %, en repli toutefois d’environ six points par rapport aux 63,58 % observés en 2023. Ce tassement relatif n’indique pas un essoufflement local, mais plutôt une diffusion plus rapide du Mobile Money chez les voisins, à mesure que la Guinée équatoriale, le Tchad et la RCA rattrapent progressivement leur retard d’inclusion financière. La BEAC y voit un signe de maturation du marché sous-régional plutôt qu’un décrochage du leader.
Interbancarité, microcrédit et transferts internationaux comme relais
Plusieurs leviers expliquent l’accélération observée en 2024. Les campagnes commerciales menées par les établissements de paiement, la reprise en main de l’activité par certains opérateurs historiques et la montée en puissance de l’interbancarité figurent au premier rang des facteurs identifiés par la banque centrale. Cette interopérabilité capte des flux qui échappaient jusqu’ici au secteur bancaire formel et accélère la digitalisation des micropaiements du commerce informel.
Dans le même temps, l’élargissement de la palette de services renforce l’attractivité du canal. La généralisation des paiements de petits montants, la diffusion de produits de microcrédit instantané et l’ouverture aux transferts internationaux ouvrent de nouveaux gisements de revenus pour des acteurs comme MTN Mobile Money et Orange Money, dominants au Cameroun, ainsi que pour les établissements de paiement adossés à des banques. Ces innovations rapprochent progressivement le portefeuille électronique d’un compte courant complet.
Reste que la sous-région doit encore consolider la sécurité des transactions, l’identification des utilisateurs et la lutte contre la fraude pour pérenniser cette trajectoire. La pression réglementaire de la BEAC, conjuguée à la concurrence entre opérateurs télécoms, fintechs et banques, devrait continuer de redessiner la cartographie du paiement mobile en Afrique centrale au cours des prochains exercices. Selon Investir au Cameroun, le rapport de la banque centrale confirme cette tendance de fond.
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