Mobile money au Gabon : les transferts internationaux dopent 2025

A person using a smartphone to make a contactless payment with a card reader on a cafe table.Photo : cottonbro studio / Pexels

Le mobile money s’impose comme l’un des relais de croissance les plus visibles de l’économie numérique gabonaise. Au quatrième trimestre 2025, le secteur a poursuivi sa progression, porté par l’élargissement de la base d’utilisateurs actifs et par la diversification des cas d’usage. La Note de conjoncture sectorielle publiée par le ministère de l’Économie, des Finances, de la Dette et des Participations attribue une part déterminante de cette dynamique aux transferts internationaux, dont la contribution atteint 16,0% du chiffre d’affaires de l’année.

Les transferts transfrontaliers, nouveau moteur du mobile money gabonais

La performance enregistrée tient pour beaucoup à l’ouverture des corridors régionaux et internationaux. Les opérateurs gabonais capitalisent sur l’intégration progressive des plateformes de paiement avec les réseaux des pays voisins, en particulier dans la zone de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). Cette interopérabilité, longtemps freinée par des contraintes réglementaires et techniques, libère un marché jusque-là sous-exploité.

La diaspora joue un rôle central dans cette accélération. Les envois de fonds, traditionnellement captés par les acteurs internationaux du transfert d’argent, basculent progressivement vers les portefeuilles électroniques mobiles. Le coût plus faible, la rapidité d’exécution et la simplicité d’usage expliquent cette substitution. Les opérateurs gabonais y trouvent une rente nouvelle, là où le segment domestique commençait à montrer des signes de saturation.

Une intensification des usages numériques au quatrième trimestre

Au-delà des seuls transferts, la note ministérielle souligne la densification de l’ensemble des usages. Paiements marchands, règlement de factures d’électricité ou d’eau, achats de crédit téléphonique, opérations de cash-in et de cash-out : la palette s’élargit et la fréquence d’utilisation augmente. Le quatrième trimestre, traditionnellement porteur en raison des fêtes et des dépenses de fin d’année, a amplifié la tendance.

Cette intensification reflète une bascule comportementale. Le téléphone mobile devient, pour une part croissante de la population, le principal point d’accès aux services financiers. Le Gabon, dont le taux de bancarisation classique demeure limité hors des grandes agglomérations, voit ainsi le mobile money combler un vide structurel. Les zones péri-urbaines et rurales, longtemps marginalisées par les agences bancaires physiques, accèdent à des services de paiement et d’épargne via leurs opérateurs télécoms.

Pour les pouvoirs publics, ce dynamisme représente à la fois une opportunité fiscale et un défi de régulation. La Direction générale des impôts surveille de près l’évolution des transactions, tandis que la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) a renforcé son cadre prudentiel applicable aux établissements de monnaie électronique. La traçabilité des flux et la lutte contre le blanchiment figurent parmi les priorités affichées.

Un marché concurrentiel entre opérateurs télécoms et fintech

Le paysage gabonais du paiement mobile reste structuré autour des deux principaux opérateurs télécoms, qui adossent leurs services à leurs réseaux GSM. La concurrence s’aiguise toutefois avec l’arrivée d’acteurs fintech spécialisés, qui ciblent des segments précis comme les paiements marchands ou les transferts vers la diaspora. Cette pression concurrentielle se traduit par une baisse progressive des commissions appliquées aux clients finaux.

La part de 16,0% atteinte par les transferts internationaux marque un tournant. Elle confirme que le mobile money gabonais n’est plus seulement un outil de circulation domestique de la monnaie, mais un instrument financier transfrontalier à part entière. Les volumes captés sur ce segment devraient continuer de croître à mesure que les corridors avec le Cameroun, le Congo et la Guinée équatoriale se densifient, et que les passerelles avec les places européennes s’élargissent.

Reste la question de la pérennité du modèle. La rentabilité des transferts internationaux dépend largement des taux de change appliqués et des accords de partenariat signés avec les agrégateurs étrangers. Toute évolution défavorable de ces paramètres pourrait peser sur les marges. Pour l’heure, les indicateurs publiés par les autorités gabonaises plaident pour une poursuite de la trajectoire haussière en 2026, sous réserve que la stabilité macroéconomique régionale soit préservée. Selon Gabon Review.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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