Code électoral au Sénégal : Abdou Mbow dénonce une loi sur mesure

A lively street scene in Dakar, Senegal, with a crowd celebrating and waving flags.Photo : Felipe Esono Nguema / Pexels

La modification du Code électoral au Sénégal a ouvert un nouveau front politique entre la majorité présidentielle et l’opposition. Le député Abdou Mbow, ancien vice-président de l’Assemblée nationale et cadre de l’Alliance pour la République (APR), a vivement contesté la réforme défendue par le groupe parlementaire Pastef. Selon lui, le texte aurait été calibré pour servir les intérêts du Premier ministre et leader de Pastef, Ousmane Sonko, plutôt que pour consolider l’architecture démocratique du pays.

Une réforme jugée taillée sur mesure

Pour Abdou Mbow, la révision du Code électoral ne répond pas à une exigence de modernisation du droit électoral, mais à une logique de positionnement personnel. Le parlementaire estime que la majorité instrumentalise sa supériorité numérique à l’hémicycle pour adapter les règles du jeu politique aux ambitions de son chef de file. L’argument, classique dans la bataille parlementaire sénégalaise, prend une intensité particulière dans le contexte post-2024, marqué par l’arrivée au pouvoir du tandem Bassirou Diomaye Faye–Ousmane Sonko.

L’opposition redoute notamment que les nouvelles dispositions ne facilitent l’éligibilité de figures jusque-là frappées d’incapacités juridiques, ou ne reconfigurent les conditions de candidature aux scrutins futurs. La méfiance se nourrit du long contentieux qui a opposé Ousmane Sonko à l’appareil judiciaire entre 2021 et 2024, période durant laquelle plusieurs décisions de justice avaient compromis ses chances de se présenter à la présidentielle.

Le bras de fer institutionnel s’intensifie

Au-delà de la polémique immédiate, la sortie d’Abdou Mbow illustre la recomposition rapide du paysage politique sénégalais. L’APR, formation de l’ancien président Macky Sall qui a dominé la scène pendant douze ans, se trouve désormais reléguée dans une opposition fragmentée. Face à elle, Pastef dispose d’une majorité confortable issue des législatives anticipées de novembre 2024, ce qui lui permet de faire adopter ses textes avec une marge de manœuvre élargie.

La controverse autour du Code électoral s’inscrit dans une séquence plus large de réformes engagées par le gouvernement Sonko. Plusieurs chantiers législatifs touchant à la justice, à la fiscalité ou à la gouvernance des entreprises publiques ont déjà alimenté les critiques de l’opposition, qui dénonce un agenda jugé hégémonique. Reste que la majorité revendique la légitimité du suffrage universel pour conduire ces transformations, en se prévalant du score sans appel obtenu lors des dernières consultations.

Un enjeu démocratique pour Dakar

Le débat sur la réforme du Code électoral dépasse le cadre des joutes partisanes. Il interroge la stabilité du cadre normatif qui a permis au Sénégal de réussir, en mars 2024, une alternance pacifique saluée par les partenaires internationaux. Toute modification substantielle des règles encadrant les candidatures, le parrainage ou le contentieux électoral est scrutée de près par la société civile, les chancelleries et les bailleurs de fonds.

Les organisations citoyennes appellent depuis plusieurs mois à un dialogue inclusif sur les textes structurants. Concrètement, elles plaident pour que les évolutions du droit électoral procèdent d’un consensus large, à l’image du processus qui avait abouti, sous la présidence de Macky Sall, à la mise en place du parrainage citoyen, lui-même âprement contesté à l’époque. La répétition des controverses, à chaque alternance, met en lumière la fragilité du compromis politique autour des règles électorales.

Pour l’heure, Abdou Mbow promet de maintenir la pression à l’Assemblée et sur le terrain médiatique. Le député a appelé ses collègues à voter contre le texte et invité l’opinion à se mobiliser face à ce qu’il qualifie de dérive. La majorité, de son côté, dispose des leviers nécessaires pour faire adopter la réforme, mais devra composer avec une contestation susceptible de s’élargir si le débat s’enlise. Selon Dakaractu, la séance parlementaire consacrée à l’examen du texte s’annonce particulièrement disputée.

Pour aller plus loin

Tchad : huit chefs de partis d’opposition arrêtés à Ndjamena · Grève de la santé : le PIT-Sénégal exhorte à des négociations · Médias au Sénégal : le CDEPS interpelle le président Faye

Actualité africaine

About the Author

Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

Be the first to comment on "Code électoral au Sénégal : Abdou Mbow dénonce une loi sur mesure"

Laisser un commentaire