Au Gabon, la question de l’iboga ressurgit avec force dans le débat public. Guy Bertrand Mapangou, ancien ministre et figure connue de la scène politique gabonaise, monte au créneau pour réclamer une protection accrue de cette plante sacrée, désormais convoitée par des opérateurs étrangers attirés par ses promesses thérapeutiques. Son plaidoyer met en lumière une tension récurrente entre patrimoine culturel, souveraineté biologique et pressions commerciales internationales sur la biodiversité du bassin du Congo.
Une plante sacrée au cœur d’un enjeu de souveraineté
L’iboga, arbuste endémique des forêts d’Afrique centrale, occupe une place singulière dans la culture gabonaise. Pilier des rites initiatiques du bwiti, il est consommé depuis des générations par plusieurs communautés du pays. Sa racine concentre l’ibogaïne, alcaloïde aux propriétés psychotropes qui suscite depuis deux décennies un intérêt grandissant dans la recherche occidentale, notamment pour le traitement des addictions aux opiacés.
C’est précisément cet engouement scientifique et commercial qui inquiète Guy Bertrand Mapangou. Selon lui, le Gabon risque de voir sa ressource s’épuiser sans bénéficier des retombées économiques générées à l’étranger. Des cliniques spécialisées au Mexique, aux Pays-Bas ou en Amérique du Nord proposent déjà des protocoles à base d’ibogaïne facturés plusieurs milliers de dollars la cure, sans qu’aucun mécanisme structuré de redistribution ne profite aux pays sources.
Le spectre du pillage de la biodiversité
Le plaidoyer de l’ancien ministre s’inscrit dans un débat plus large sur la biopiraterie. Le Gabon, signataire du Protocole de Nagoya sur l’accès aux ressources génétiques et le partage des avantages, dispose en théorie d’un cadre juridique pour encadrer l’exploitation de ses plantes endémiques. Dans les faits, la traçabilité des flux de racines d’iboga reste lacunaire, et plusieurs alertes ont déjà été lancées sur des prélèvements illicites destinés au marché noir international.
La pression sur la ressource est réelle. L’iboga pousse lentement, mettant plusieurs années avant d’atteindre la maturité nécessaire à un usage rituel ou thérapeutique. La récolte sauvage, longtemps suffisante pour les besoins coutumiers, ne peut absorber une demande mondiale en expansion. Plusieurs ONG environnementales pointent depuis les années 2010 le risque de raréfaction, voire d’extinction localisée dans certaines zones forestières.
Guy Bertrand Mapangou défend une approche combinant protection stricte, valorisation domestique et structuration d’une filière nationale. L’idée centrale : transformer le Gabon en acteur incontournable de la chaîne de valeur, plutôt que de demeurer un simple fournisseur de matière première. Cette vision rejoint des préoccupations exprimées par d’autres responsables africains face à la captation, par les industries pharmaceutique et cosmétique du Nord, des principes actifs issus de la pharmacopée traditionnelle.
Vers une filière encadrée et patrimoniale
L’enjeu dépasse la seule dimension écologique. L’iboga relève également du patrimoine immatériel gabonais. Sa surexploitation marchande, déconnectée des cadres rituels qui en régissent l’usage, soulève des questions identitaires aiguës pour les communautés détentrices du savoir traditionnel. La reconnaissance du bwiti comme socle culturel implique, selon les défenseurs de la plante, une vigilance particulière sur les conditions de sa diffusion à l’étranger.
Les autorités gabonaises ont, par le passé, classé l’iboga parmi les espèces stratégiques et restreint son exportation. Un décret de 2019 avait déjà tenté de durcir le contrôle, sans dissiper toutes les zones grises. Les réseaux informels persistent, alimentés par une demande extérieure que les saisies ponctuelles ne freinent qu’à la marge. La question du financement de la surveillance forestière, dans un pays aux ressources budgétaires sous tension, demeure un point de friction.
La sortie de Guy Bertrand Mapangou intervient alors que le pays, sous la transition pilotée par le général Brice Oligui Nguema, cherche à redéfinir ses priorités en matière de souveraineté économique et environnementale. La valorisation des ressources génétiques figure parmi les leviers identifiés, aux côtés du bois, du manganèse et des hydrocarbures. Reste à articuler protection patrimoniale et opportunité économique sans céder ni au protectionnisme stérile ni à la captation extérieure.
Concrètement, plusieurs pistes circulent : labellisation d’origine, partenariats encadrés avec des laboratoires acceptant un partage des bénéfices, plantations communautaires permettant de soulager la pression sur les peuplements sauvages. Le succès de telles options dépendra de la capacité de l’État à imposer un cadre crédible aux opérateurs internationaux. Selon Info 241, le plaidoyer de l’ancien ministre vise précisément à replacer cette urgence au sommet de l’agenda public gabonais.
Pour aller plus loin
Domou Sénégal organise une journée de don de sang à Dakar · La Mauritanie démolit des quartiers entiers en périphérie de Nouakchott · Le Gabon lance une campagne nationale contre le paludisme

Be the first to comment on "Gabon : Mapangou plaide pour protéger l’iboga des convoitises mondiales"