La CPI vise le ministre israélien Bezalel Smotrich d’un mandat d’arrêt

Impressive low-angle shot of modern skyscraper in The Hague, Netherlands against a clear blue sky.Photo : Jan van der Wolf / Pexels

Le bureau du procureur de la Cour pénale internationale (CPI) aurait engagé une procédure de mandat d’arrêt contre Bezalel Smotrich, ministre israélien des Finances et chef du parti Sionisme religieux. L’information, révélée par le site Middle East Eye et reprise par plusieurs rédactions internationales, étend le champ des poursuites engagées par La Haye contre des responsables israéliens depuis l’ouverture de l’enquête sur la situation en Palestine. Elle intervient alors que les mandats déjà émis contre Benyamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant continuent de peser sur la diplomatie de l’État hébreu.

Une procédure qui élargit le cercle des responsables visés

Figure de proue de la droite messianique, Bezalel Smotrich est connu pour ses positions tranchées sur la colonisation en Cisjordanie et pour ses déclarations répétées en faveur d’une annexion des territoires palestiniens. Sa tutelle administrative sur certaines compétences civiles dans les territoires occupés en fait, aux yeux de plusieurs ONG, un acteur central de la politique de peuplement. La demande prêtée au procureur s’inscrirait dans cette logique, en ciblant un décideur dont le rôle dépasse le strict cadre budgétaire dévolu à son ministère.

Le ministre israélien a multiplié, depuis octobre 2023, les sorties controversées sur la conduite des opérations militaires à Gaza et sur le sort des populations civiles palestiniennes. Ces prises de parole, largement documentées par la presse israélienne et internationale, pourraient alimenter le dossier d’accusation. Reste que la CPI n’a, à ce stade, pas confirmé publiquement la nature exacte des chefs retenus, ni le calendrier d’examen par la chambre préliminaire.

Un coup porté à la stratégie d’influence israélienne

La révélation tombe au moment où une enquête conjointe du quotidien français Libération et du journal israélien Haaretz documente les opérations d’influence conduites par Israël à l’étranger, et particulièrement en France. Les deux rédactions décrivent un dispositif articulé autour d’acteurs institutionnels, de réseaux d’opinion et de prestataires privés, mobilisés pour contrer les critiques visant la politique de Tel-Aviv depuis le début de la guerre à Gaza. Cette stratégie de communication, exposée publiquement, perd une partie de son efficacité au moment où une nouvelle séquence judiciaire s’ouvre à La Haye.

Pour Israël, l’enjeu dépasse la seule personne de Bezalel Smotrich. Chaque mandat d’arrêt restreint la liberté de circulation des responsables visés sur le territoire des 124 États parties au Statut de Rome. La diplomatie israélienne avait déjà dû ajuster les déplacements de Benyamin Netanyahu après l’émission du mandat de novembre 2024, plusieurs capitales européennes ayant indiqué qu’elles appliqueraient leurs obligations conventionnelles. Une nouvelle décision viendrait alourdir cette contrainte et compliquer la gestion des dossiers économiques portés par le ministre des Finances, notamment sur les marchés de capitaux internationaux.

Une équation politique délicate pour Netanyahu

Sur le plan intérieur, la coalition au pouvoir à Jérusalem repose en grande partie sur l’alliance entre le Likoud et les formations d’extrême droite, dont celle dirigée par Bezalel Smotrich. Toute perspective de poursuite internationale visant l’un de ses ministres place Benyamin Netanyahu devant un dilemme. Lâcher son allié reviendrait à fragiliser sa majorité parlementaire ; le défendre frontalement exposerait le gouvernement à un isolement accru, alors que les discussions sur la trêve à Gaza et sur la libération des otages restent suspendues à un soutien diplomatique occidental.

La séquence relance également le débat sur l’autorité de la CPI et sur l’application effective de ses décisions. Plusieurs États, dont les États-Unis et la Hongrie, ont contesté la compétence du tribunal dans le dossier israélo-palestinien. À l’inverse, la majorité des pays européens, africains et latino-américains continuent d’affirmer leur attachement au Statut de Rome. Cette ligne de fracture, déjà visible lors des précédents mandats, devrait se durcir si la chambre préliminaire valide la nouvelle demande du procureur.

Au-delà du sort individuel de Bezalel Smotrich, c’est la capacité de la justice internationale à saisir des responsables en exercice qui se joue à La Haye. Selon France 24, l’information révélée par Middle East Eye doit encore être confirmée officiellement par le bureau du procureur.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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