Combien d’artistes la République démocratique du Congo compte-t-elle réellement ? La question, longtemps restée sans réponse chiffrée, occupe désormais les services du ministère de la Culture, des Arts et du Patrimoine. Les autorités congolaises ont lancé un vaste recensement des artistes, démarré à Kinshasa avant de s’étendre progressivement aux 26 provinces du territoire national. L’opération vise à doter le pays d’une base de données fiable sur un secteur informel à la créativité reconnue bien au-delà des frontières.
Cette campagne n’est pas un simple inventaire statistique. Elle constitue la première étape opérationnelle du décret adopté en juin 2025, texte fondateur qui officialise le statut de l’artiste en RDC. Sans dénombrement préalable, aucun dispositif de protection sociale, fiscale ou professionnelle ne peut être déployé à l’échelle nationale.
Un décret de 2025 enfin traduit dans les faits
Le statut de l’artiste congolais a été inscrit dans le droit positif à la mi-2025, après plusieurs années de plaidoyer porté par les associations professionnelles, les syndicats du spectacle et certaines fédérations musicales. Le texte reconnaît l’activité artistique comme un métier à part entière, ouvrant la voie à des droits spécifiques en matière de sécurité sociale, de propriété intellectuelle et d’accès aux dispositifs publics d’accompagnement.
Reste que, sans cartographie précise des bénéficiaires potentiels, l’application du décret demeurait théorique. Le recensement vient combler ce vide. Il doit permettre d’identifier les musiciens, comédiens, danseurs, plasticiens, écrivains, cinéastes et autres professionnels de la création disséminés sur l’ensemble du territoire, du Kongo-Central au Haut-Katanga, en passant par le Kasaï et l’Ituri.
Une opération étendue aux 26 provinces
Lancée dans la capitale, Kinshasa, où se concentre l’essentiel de l’industrie musicale et audiovisuelle congolaise, l’opération s’est progressivement déployée vers l’intérieur. Chacune des 26 provinces du pays est concernée, ce qui constitue un défi logistique majeur dans un État de plus de 2,3 millions de kilomètres carrés, marqué par un réseau routier dégradé et des zones d’insécurité persistantes dans l’Est.
Les pouvoirs publics misent sur les antennes provinciales du ministère et sur les associations culturelles locales pour atteindre les artistes les plus éloignés des centres urbains. La démarche ambitionne d’inclure aussi bien les figures établies de la rumba congolaise, du cinéma ou des arts plastiques que les créateurs émergents, souvent invisibles dans les statistiques officielles.
L’enjeu économique n’est pas mineur. La RDC dispose d’un soft power culturel considérable, porté notamment par sa musique populaire diffusée dans toute l’Afrique francophone et au-delà. Or, ce rayonnement contraste avec la précarité matérielle d’une majorité de praticiens, privés jusqu’ici de filets sociaux et de cadre contractuel sécurisé.
Vers une structuration de l’économie culturelle
Vers une structuration de l’économie culturelle
Au-delà de l’aspect social, le recensement doit alimenter la réflexion sur la fiscalité culturelle, la gestion collective des droits d’auteur et le financement des industries créatives. Plusieurs partenaires techniques internationaux suivent de près l’initiative, dans un contexte continental où les économies créatives sont identifiées comme un gisement d’emplois pour la jeunesse urbaine.
La Société congolaise des droits d’auteur et des droits voisins, régulièrement critiquée pour son opacité, pourrait également tirer profit d’une base de données actualisée. Une meilleure traçabilité des ayants droit faciliterait la répartition des redevances, à l’heure où les plateformes de streaming captent une part croissante des revenus de la musique africaine.
Concrètement, la réussite de l’opération se mesurera à la capacité du gouvernement à transformer les chiffres collectés en politiques publiques tangibles : carte professionnelle, couverture maladie, fonds de soutien à la création, formation continue. Le calendrier d’exploitation des données n’a pas été précisé par les autorités, mais plusieurs acteurs du secteur réclament une publication rapide des premiers résultats provinciaux. Selon RFI Afrique.
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