Le pouvoir houthiste à Sanaa a réaffirmé sa position sur la question sensible de l’armement du Hezbollah libanais, qualifiant cet arsenal d’élément de puissance qu’il convient de préserver dans la configuration stratégique actuelle du Levant. La déclaration émane des responsables yéménites alignés sur l’axe de la résistance, à un moment où la classe politique libanaise se trouve sommée, depuis Washington comme depuis plusieurs capitales arabes, d’avancer sur la voie d’un monopole étatique des armes. Le message yéménite vient ainsi contrer frontalement la dynamique enclenchée autour du désarmement du parti chiite.
Pour les dirigeants de Sanaa, la capacité militaire du Hezbollah ne saurait être réduite à une affaire intérieure libanaise. Elle s’inscrit dans une architecture plus large, celle d’un front régional opposé à Israël, dont la cohérence repose sur la complémentarité des théâtres : Liban, Yémen, Irak, Syrie et territoires palestiniens. Tout affaiblissement d’un maillon, à les en croire, fragiliserait l’ensemble du dispositif.
Une déclaration qui s’inscrit dans la guerre des récits régionale
La sortie yéménite n’est pas anodine sur le plan diplomatique. Depuis le cessez-le-feu fragile entre Israël et le Hezbollah, signé fin novembre 2024 sous parrainage américain et français, les pressions s’accumulent sur Beyrouth pour traduire dans les faits le retrait des armes lourdes du parti au sud du Litani et leur transfert à l’armée libanaise. Plusieurs responsables américains ont fait du désarmement progressif du mouvement chiite un préalable à toute aide à la reconstruction du Sud-Liban.
En se positionnant publiquement aux côtés du Hezbollah sur ce dossier, Ansar Allah cherche à élargir le périmètre du débat. Le message adressé à Beyrouth est clair : l’arsenal du parti dépasse le strict cadre libanais et engage la sécurité d’un axe transrégional. Cette lecture rejoint celle de Téhéran, qui considère le Hezbollah comme la pièce maîtresse de son dispositif de dissuasion avancée face à l’État hébreu.
Le Yémen, voix montante de l’axe de la résistance
Depuis l’automne 2023 et le déclenchement de la guerre à Gaza, les Houthis ont consolidé leur stature politique au sein de la mouvance pro-iranienne. Leurs opérations en mer Rouge contre le trafic maritime lié à Israël, la perturbation du détroit de Bab el-Mandeb et les tirs de missiles balistiques en direction du territoire israélien leur ont conféré une visibilité inédite. Cette montée en puissance se traduit aujourd’hui par une parole politique plus assertive sur les dossiers de la région.
La prise de position sur le Hezbollah s’inscrit dans ce continuum. Sanaa ne se contente plus de coordonner ses opérations militaires avec les autres composantes de l’axe ; elle entend peser sur les choix stratégiques de ses partenaires. Le soutien affiché à la conservation de l’arsenal libanais peut aussi être lu comme un signal envoyé aux opinions arabes, censées percevoir la résistance comme un bien commun régional, indissociable de la cause palestinienne.
Beyrouth coincée entre injonctions extérieures et équilibres internes
Pour l’État libanais, les déclarations venues du Yémen compliquent une équation déjà délicate. Le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont placé la restauration du monopole étatique sur les armes au cœur de leur feuille de route, sous la surveillance étroite du comité quintet réunissant États-Unis, France, Arabie saoudite, Égypte et Qatar. Toute caution extérieure apportée au statu quo militaire du Hezbollah alimente les voix qui, à l’intérieur, refusent la perspective d’un désarmement perçu comme une capitulation.
Reste que la marge de manœuvre du parti chiite s’est considérablement réduite depuis les frappes israéliennes massives de 2024 et l’élimination de plusieurs de ses cadres, dont son ancien secrétaire général Hassan Nasrallah. Dans ce contexte, les soutiens régionaux affichés, qu’ils viennent de Téhéran, de Bagdad ou de Sanaa, prennent une dimension à la fois politique et symbolique. Ils visent à maintenir la cohésion d’un axe ébranlé par une année de revers militaires et à empêcher que le dossier libanais ne soit traité isolément des autres fronts. Selon Al Akhbar.
Pour aller plus loin
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