Les Forces armées sénégalaises ont mené une opération d’envergure contre l’orpaillage clandestin dans la région orientale du pays, frappant un secteur informel qui prospère depuis plusieurs années aux confins du Sénégal oriental. Cette action militaire vise à reprendre le contrôle de zones aurifères livrées à des réseaux non déclarés, alors que Dakar cherche à mieux capter la rente minière et à enrayer la dégradation environnementale liée à l’extraction sauvage.
Une offensive militaire ciblée contre l’orpaillage clandestin
L’opération conduite par l’armée sénégalaise dans la partie orientale du territoire s’inscrit dans une montée en puissance des moyens coercitifs déployés par l’État. Les régions de Kédougou et de Tambacounda, frontalières du Mali et de la Guinée, concentrent l’essentiel de cette économie parallèle de l’or. Les sites d’extraction artisanale, communément appelés diouras, y prolifèrent sur des dizaines de kilomètres, alimentés par une main-d’œuvre transfrontalière souvent originaire des pays voisins.
Le commandement militaire indique avoir démantelé plusieurs installations clandestines, saisi du matériel d’extraction et interpellé des opérateurs irréguliers. Au-delà du symbole, l’action militaire traduit la volonté du nouveau pouvoir, installé à Dakar depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye en mars 2024, de durcir la réponse étatique face à un phénomène longtemps toléré. Les autorités estiment que cette économie souterraine génère des pertes fiscales considérables pour le Trésor public.
Un enjeu économique et environnemental majeur pour le Sénégal
L’orpaillage clandestin représente bien plus qu’un simple manque à gagner fiscal. Le secteur minier officiel a contribué à hauteur d’environ 8 % au produit intérieur brut sénégalais ces dernières années, l’or constituant le premier produit d’exportation devant les produits halieutiques. À côté de cette filière formelle, dominée par des groupes comme Endeavour Mining sur le site de Sabodala-Massawa, prospère un circuit parallèle dont la production échappe entièrement à la statistique nationale.
Les conséquences environnementales pèsent lourd dans la balance. L’utilisation incontrôlée du mercure et du cyanure pour amalgamer l’or contamine durablement les nappes phréatiques et les cours d’eau de la Falémé, affluent stratégique du fleuve Sénégal. Plusieurs études d’organisations internationales ont alerté sur la pollution des eaux dans cette zone partagée avec le Mali, où des opérations conjointes restent embryonnaires. La déforestation accélérée et l’effondrement de galeries artisanales ajoutent un coût humain régulier à ce désastre écologique.
Sur le plan sécuritaire, la prolifération des sites clandestins fait craindre une porosité accrue avec les filières criminelles régionales. Les réseaux d’or illicite ouest-africains alimentent depuis Dubaï et certains hubs sahéliens des circuits de blanchiment qui inquiètent les services occidentaux. La présence de ressortissants étrangers, notamment chinois et burkinabè, sur certains sites du Sénégal oriental complique la cartographie des responsabilités.
La doctrine du nouveau pouvoir face à la rente aurifère
Depuis l’arrivée au pouvoir du tandem Faye-Sonko, le discours officiel sur la souveraineté des ressources naturelles s’est nettement durci. Le Premier ministre Ousmane Sonko a fait de la renégociation des contrats miniers et pétroliers un marqueur politique, promettant une redistribution plus équitable de la rente extractive. L’offensive contre l’orpaillage clandestin s’inscrit dans cette logique : reprendre la main sur les flux d’or avant d’envisager une refonte du code minier.
Reste que l’équation sociale demeure redoutable. Plusieurs dizaines de milliers de personnes vivent directement de l’extraction artisanale dans le Sénégal oriental, l’une des zones les plus pauvres du pays malgré sa richesse géologique. Toute approche purement répressive risque d’alimenter des tensions communautaires, déjà perceptibles autour de la commune de Kédougou. Les pouvoirs publics évoquent en parallèle un projet de formalisation des orpailleurs, sur le modèle de couloirs d’exploitation encadrés expérimentés au Burkina Faso et au Mali avant la dégradation sécuritaire de ces deux pays.
L’efficacité de cette stratégie dépendra de la capacité de l’État à articuler répression militaire, encadrement coopératif et coopération transfrontalière. Sans accord opérationnel avec Bamako et Conakry, les sites démantelés au Sénégal risquent simplement de se redéployer de l’autre côté des frontières, comme cela s’est produit lors des précédentes opérations de 2022 et 2023. Selon Seneweb, l’opération en cours marque une intensification notable de la pression militaire sur ces filières clandestines.
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