Rafiki Fariala porte « Congo Boy » en sélection officielle à Cannes

A person walking down an aisle in a vintage theater, showcasing ornate decor.Photo : Joanjo Puertos / Pexels

La sélection officielle du Festival de Cannes accueille cette année Rafiki Fariala, jeune cinéaste dont la trajectoire épouse les soubresauts de l’Afrique centrale. Son film Congo Boy prolonge un travail amorcé à Bangui, où il a grandi en exil avec ses frères et sœurs après l’incarcération de ses parents, accusés d’avoir franchi illégalement la frontière entre la République démocratique du Congo et la Centrafrique. Le récit qu’il porte à l’écran puise dans cette mémoire familiale, sans complaisance ni surcharge dramatique.

L’irruption d’un auteur centrafricain dans la compétition cannoise tranche avec la rareté des productions de la sous-région sur la Croisette. Elle confirme aussi l’attention croissante des sélectionneurs pour des cinématographies longtemps marginalisées, du Tchad au Centrafrique en passant par les deux Congo. Pour Bangui, qui ne dispose ni d’industrie structurée ni de circuit de salles dense, cette visibilité revêt une portée symbolique inhabituelle.

Un parcours forgé dans l’exil et la débrouille

Rafiki Fariala s’est imposé par étapes, sans école de cinéma prestigieuse ni soutien institutionnel massif. En 2019, à 21 ans, il signe You and Me, court documentaire de 29 minutes qui suit un jeune couple dans le quotidien de la capitale centrafricaine. Le film tient autant de la chronique sociale que du portrait sentimental, et révèle une écriture sobre, attentive aux silences et aux gestes plutôt qu’aux discours.

Trois ans plus tard, Nous, étudiants élargit le geste documentaire à une dimension politique. Le film expose les dysfonctionnements de l’université de Bangui, des cours désertés aux pratiques abusives qui pèsent sur les étudiants. La réception locale est immédiate : l’œuvre est censurée, signe d’une parole qui dérange une partie des institutions visées. Le différend nourrit paradoxalement la circulation internationale du film, primé et programmé dans plusieurs festivals.

Cette séquence éclaire la méthode du réalisateur. Plutôt que la dénonciation frontale, il privilégie l’observation prolongée, la confiance gagnée auprès de ses personnages et la précision du cadre. Sa caméra reste à hauteur d’homme, dans une économie de moyens revendiquée qui contraste avec les standards industriels du documentaire d’auteur européen.

« Congo Boy », une mémoire d’exil portée à l’écran

Avec Congo Boy, le cinéaste opère un retour assumé sur sa propre histoire. Le film épouse la condition d’un jeune Congolais réfugié à Bangui, contraint d’élever ses cadets après l’emprisonnement parental. La fiction et le documentaire s’y entrelacent, à la manière de ce que pratique une partie du cinéma contemporain venu d’Afrique francophone, du Sénégalais Mati Diop au Tchadien Mahamat-Saleh Haroun.

Le choix cannois ne tient pas du seul hasard biographique. Il salue une écriture qui aborde l’exil, la frontière et l’enfance brisée sans pathos, et qui inscrit la Centrafrique dans une géographie cinématographique élargie. Les questions de circulation des populations entre Kinshasa, Brazzaville et Bangui, longtemps absentes des écrans, y trouvent un traitement incarné.

Un signal pour les cinémas d’Afrique centrale

La présence de Congo Boy à Cannes intervient alors que plusieurs initiatives tentent de structurer la production audiovisuelle en Afrique centrale. Les fonds régionaux restent modestes, et les coproductions avec la France, la Belgique ou l’Allemagne demeurent décisives pour boucler les budgets. Reste que des auteurs comme Rafiki Fariala démontrent qu’une œuvre exigeante peut émerger sans passer par les circuits académiques traditionnels.

Pour les décideurs culturels du continent, le cas centrafricain illustre un paradoxe persistant. Les talents existent, les sujets ne manquent pas, mais l’infrastructure de formation, de production et de distribution accuse un retard considérable. La consécration cannoise d’un réalisateur de 27 ans, formé dans un pays en sortie de crise, pourrait peser dans les arbitrages des bailleurs et des ministères concernés. Selon RFI Afrique, le réalisateur poursuit son travail entre Bangui et l’étranger, fidèle à une écriture nourrie par le silence, le geste et l’observation patiente.

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About the Author

Léa Mbongo
Reporter société, Léa Mbongo s'intéresse aux enjeux agricoles, environnementaux et de santé publique en Afrique francophone. Elle a couvert les crises climatiques du Sahel, les politiques de sécurité alimentaire et l'émergence des filières agroalimentaires locales. Ses reportages donnent la parole aux acteurs de terrain.

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