La Côte d’Ivoire se rapproche d’une sortie de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), l’organisme intergouvernemental qui surveille les juridictions présentant des défaillances stratégiques en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Inscrite sur cette liste depuis octobre 2024, la première économie de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) a multiplié les réformes pour répondre aux exigences techniques de l’institution basée à Paris. Les autorités ivoiriennes affirment désormais avoir franchi l’essentiel des étapes requises et n’attendent plus qu’une validation formelle.
Un plan d’action resserré sur le blanchiment et le financement du terrorisme
Le placement sous surveillance renforcée d’une juridiction par le GAFI implique la mise en œuvre d’un plan d’action assorti d’échéances précises. Pour la Côte d’Ivoire, ce dispositif a porté sur le renforcement du cadre légal, l’amélioration de la supervision des secteurs financier et non financier, ainsi que la consolidation des mécanismes de coopération entre la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF), les autorités judiciaires et les régulateurs sectoriels. La traçabilité des bénéficiaires effectifs des sociétés, point souvent névralgique pour les pays sous évaluation, figure parmi les chantiers les plus exigeants.
Abidjan a également dû démontrer une application effective des sanctions financières ciblées liées au terrorisme et à la prolifération, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies. Cette exigence opérationnelle, qui dépasse la simple transposition juridique, suppose une chaîne complète de détection, de gel et de reporting que les évaluateurs du GAFI vérifient sur pièces et sur place.
Un enjeu de signal pour la place financière ivoirienne
La sortie de la liste grise revêt une portée bien supérieure à sa dimension technique. Pour les banques correspondantes internationales, l’inscription d’un pays parmi les juridictions sous surveillance renforcée déclenche mécaniquement un alourdissement des procédures de vigilance, des délais de traitement et, dans certains cas, une réduction des relations bancaires transfrontalières. Ce phénomène, désigné sous le terme de de-risking, pèse directement sur le coût du financement du commerce extérieur et sur les transferts de la diaspora.
Pour la Côte d’Ivoire, locomotive de l’UEMOA et hub financier régional abritant le siège de la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM), une normalisation rapide de son statut auprès du GAFI conditionne la fluidité de ses relations avec les places financières européennes et nord-américaines. Plusieurs émissions obligataires souveraines récentes ont été placées sur les marchés internationaux, et l’attractivité auprès des fonds institutionnels demeure tributaire de cette notation extra-financière.
Une validation politique attendue lors de la prochaine plénière
Le calendrier du GAFI repose sur des sessions plénières trimestrielles, durant lesquelles le Groupe d’examen de la coopération internationale (ICRG) présente ses conclusions sur l’état d’avancement des juridictions inscrites. Une visite sur le terrain précède généralement la décision finale, afin de vérifier le caractère durable des réformes engagées. Abidjan mise sur une issue favorable à court terme, sous réserve que cette mission confirme les progrès documentés par les autorités.
Le précédent du Sénégal, retiré de la liste grise en octobre 2024 après trois années de procédure, sert de référence dans la sous-région. Le Burkina Faso, le Mali et le Nigeria figurent encore parmi les juridictions africaines sous surveillance, illustrant la difficulté à concilier des dispositifs robustes de conformité avec des économies marquées par une part importante d’activités informelles. Pour la Côte d’Ivoire, une sortie rapide enverrait un signal différenciant aux investisseurs régionaux et internationaux.
Reste que le retrait de la liste grise ne clôt pas le cycle de surveillance. Les pays concernés demeurent soumis à un suivi du GIABA, l’organe régional de type GAFI pour l’Afrique de l’Ouest, et toute régression peut entraîner une nouvelle inscription. Les autorités ivoiriennes devront donc inscrire la conformité dans la durée, au-delà de l’effet d’annonce. Selon Abidjan.net, le pays se trouve désormais à un pas de cette sortie de la liste grise du GAFI.
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