Le président libanais Joseph Aoun fait l’objet d’une virulente mise en cause dans les colonnes du quotidien Al Akhbar, journal beyrouthin réputé proche du Hezbollah et de l’axe dit de la résistance. Sous un titre interrogatif au ton sarcastique, la rédaction questionne ouvertement le jugement politique du chef de l’État, élu en janvier 2025 après plus de deux années de vacance présidentielle. La charge intervient dans une séquence où la présidence libanaise est sommée d’arbitrer entre injonctions occidentales, pression israélienne et exigences intérieures.
Un éditorial qui interroge la marge de manœuvre du chef de l’État
Le titre choisi par Al Akhbar, qui invite ironiquement à ne pas s’interroger sur la raison du président, traduit l’exaspération d’une partie de la scène politique libanaise face aux dernières orientations présidentielles. L’ancien commandant en chef de l’armée, porté au palais de Baabda avec l’appui d’une coalition hétéroclite incluant des soutiens américains et saoudiens, est accusé par ses détracteurs de céder du terrain sur des dossiers de souveraineté jugés essentiels. Le quotidien questionne la cohérence d’une présidence qui, selon sa lecture, peinerait à fixer un cap clair entre les attentes de Washington et les lignes rouges tracées par les forces politiques chiites.
La charge n’est pas anodine. Al Akhbar constitue depuis deux décennies l’une des plateformes éditoriales les plus influentes pour relayer les positions critiques à l’égard des choix diplomatiques alignés sur les capitales occidentales. Sa prise de parole signale un durcissement perceptible entre le palais présidentiel et une partie de l’arc politique qui avait pourtant accepté, en janvier dernier, de ne pas faire obstacle à l’élection de Joseph Aoun.
Un président pris en tenaille entre dossiers sécuritaires et pressions extérieures
Depuis son installation, le chef de l’État libanais navigue dans un environnement régional bouleversé. La guerre menée par Israël contre le Liban en 2024, le cessez-le-feu fragile entré en vigueur fin novembre de la même année et la reconfiguration syrienne consécutive à la chute du régime Assad ont profondément modifié les équilibres. Joseph Aoun a hérité d’un dossier explosif : la mise en œuvre de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, le redéploiement de l’armée au sud du Litani et la question du désarmement éventuel du Hezbollah, exigence martelée par les émissaires américains.
L’éditorial d’Al Akhbar s’inscrit dans ce contexte de bras de fer. Le journal reproche au président une lecture jugée trop docile des injonctions étrangères, alors que les frappes israéliennes se poursuivent ponctuellement sur le territoire libanais malgré la trêve. Pour ses contradicteurs, la fonction présidentielle ne saurait se réduire à un rôle de greffier des compromis imposés de l’extérieur, et le chef de l’État devrait davantage capitaliser sur son ancrage institutionnel au sein des forces armées.
Une présidence sous surveillance critique
Au-delà de la polémique ponctuelle, la sortie du quotidien beyrouthin éclaire la fragilité politique de Joseph Aoun. Sa légitimité repose sur un équilibre précaire entre les blocs parlementaires, et toute inflexion perçue comme un alignement unilatéral risque de réveiller les fractures confessionnelles qui paralysent le pays depuis l’effondrement financier de 2019. La reconstruction des zones meurtries par la guerre, estimée à plusieurs milliards de dollars par la Banque mondiale, dépend largement de la capacité du président à maintenir un consensus minimal.
Reste que la presse libanaise, traditionnellement plurielle, agit ici comme une caisse de résonance des rapports de force réels. La charge d’Al Akhbar n’est pas isolée : elle s’ajoute aux interrogations exprimées par plusieurs figures politiques sur la doctrine présidentielle en matière de souveraineté et de relations avec les capitales du Golfe. Pour les chancelleries qui suivent de près l’évolution libanaise, le signal envoyé par Beyrouth est celui d’une présidence encore en quête d’autorité, dans un pays où chaque arbitrage engage l’équilibre national.
Selon Al Akhbar.
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