Liban : les nominations aux douanes attendent l’aval du gouvernement

View of destruction and debris at Beirut port with cranes and sea in the background.Photo : Jo Kassis / Pexels

La Direction générale des douanes libanaises se trouve à un tournant. L’administration, pilier des recettes de l’État et verrou essentiel de la souveraineté économique, attend depuis des mois la validation par le Conseil des ministres d’une vague de nominations militaires destinée à combler des postes clés vacants. Le dossier, sensible à plusieurs titres, met en jeu la crédibilité institutionnelle d’un appareil étatique éprouvé par six années de crise financière et par les exigences de transparence formulées par les partenaires extérieurs de Beyrouth.

Une administration douanière sous pression réformatrice

Les douanes libanaises figurent parmi les administrations les plus convoitées du pays, en raison de leur poids budgétaire et de leur rôle dans le contrôle des flux commerciaux. Leur restructuration constitue, depuis plusieurs années, l’un des chantiers réclamés par le Fonds monétaire international (FMI) et par les principaux partenaires européens engagés dans le soutien au Liban. Le retard accumulé dans la désignation des cadres militaires affaiblit la chaîne de commandement et nourrit les soupçons d’interférences politiques.

Selon les éléments rapportés, plusieurs postes opérationnels demeurent occupés par intérim, ce qui limite la portée des décisions stratégiques et entrave la lutte contre la contrebande aux frontières terrestres et maritimes. Cette situation prolonge un statu quo dommageable pour les recettes publiques, à un moment où chaque point de pression fiscale supplémentaire pèse lourd dans les arbitrages du Trésor.

Le jeu des équilibres confessionnels et politiques

La désignation des responsables militaires des douanes répond, comme dans la plupart des grandes administrations libanaises, à une mécanique de répartition confessionnelle scrupuleusement négociée entre les principales formations. Les noms évoqués font l’objet d’un examen croisé entre la présidence de la République, la présidence du Conseil et les forces représentées au gouvernement. Chaque profil engage un rapport de forces, et toute promotion redessine localement les alliances.

Reste que la nouvelle configuration politique issue de la formation du dernier gouvernement souhaite afficher une rupture avec les pratiques antérieures. Les autorités ont multiplié les signaux en faveur d’une approche plus méritocratique, mettant en avant l’ancienneté, l’intégrité et la compétence opérationnelle. Dans les faits, la conciliation entre ces critères techniques et les impératifs de partage confessionnel demeure ardue, comme l’illustrent les blocages observés autour de plusieurs dossiers similaires dans la fonction publique.

Par ailleurs, la dimension sécuritaire pèse dans la balance. Les douanes opèrent en première ligne sur des axes considérés comme sensibles, qu’il s’agisse du port de Beyrouth, encore marqué par l’explosion de 2020, ou des points de passage avec la Syrie. Le profil des futurs responsables aura une incidence directe sur la coopération avec l’Armée libanaise, les services de renseignement et les missions internationales déployées dans le pays.

Un test pour la crédibilité du gouvernement

Au-delà de la question administrative, l’issue de ces nominations sera lue comme un indicateur de la capacité de l’exécutif à trancher sur des dossiers sensibles. Les bailleurs internationaux, qui conditionnent toute reprise du soutien financier à des avancées concrètes en matière de gouvernance, observent attentivement la séquence. Le calendrier de la Banque mondiale et celui du FMI demeurent suspendus à une série de marqueurs, parmi lesquels la réforme du secteur public occupe une place centrale.

Dans le même temps, l’opinion publique libanaise, lassée par des années de paralysie institutionnelle, attend des actes lisibles. Toute nouvelle nomination perçue comme une simple redistribution clientéliste serait politiquement coûteuse pour les forces au pouvoir. À l’inverse, une vague de désignations fondée sur des critères objectifs pourrait amorcer une dynamique de confiance, indispensable pour rouvrir le dialogue avec les investisseurs et les organisations financières multilatérales.

Concrètement, les prochaines semaines diront si le Conseil des ministres parvient à valider une liste consensuelle ou si le dossier glisse à nouveau dans le tiroir des arbitrages indéfiniment repoussés. La direction des douanes, par sa fonction transversale, demeure un baromètre fiable de la santé administrative du Liban. Selon Al Akhbar, l’examen pourrait intervenir prochainement, sans qu’une date ferme ait été arrêtée.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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