Le dossier des armes du Hezbollah demeure au cœur de la crise politique libanaise. Le secrétaire général du mouvement chiite, Cheikh Naïm Qassem, a opposé une fin de non-recevoir aux injonctions extérieures appelant à un désarmement de la formation. Selon lui, le statut de l’arsenal de la résistance constitue une affaire strictement libanaise, à trancher dans le cadre d’un dialogue interne et non sous la contrainte d’un agenda imposé depuis Washington ou Tel-Aviv. Cette ligne, exprimée publiquement, vient durcir le rapport de force à Beyrouth alors que le président Joseph Aoun multiplie les démarches diplomatiques pour obtenir un arrêt des frappes israéliennes.
Qassem verrouille la question des armes du Hezbollah
Dans son intervention, Naïm Qassem a martelé que le Liban ne reviendrait pas à la configuration antérieure au 2 mars, date qui marque pour le parti une étape charnière dans la séquence ouverte par la guerre avec Israël. Le dirigeant a présenté cette date comme une ligne rouge politique, signifiant que les équilibres internes ont été redessinés et qu’aucune partie ne saurait imposer un retour en arrière. Le message s’adresse autant aux acteurs locaux qu’aux médiateurs américains, dont la feuille de route prévoit explicitement un démantèlement progressif des capacités militaires du Hezbollah au sud du Litani.
La formulation choisie est calibrée. En insistant sur le caractère libanais du dossier, Qassem rejette la logique d’un désarmement sous tutelle, tout en laissant ouverte la possibilité d’une discussion nationale. Cette nuance, déjà perceptible dans les prises de parole antérieures du mouvement, vise à isoler la pression américaine sans rompre avec les institutions de l’État. Le Hezbollah cherche ainsi à préserver son ancrage parlementaire et gouvernemental, alors que ses pertes militaires et la décapitation d’une partie de son commandement, depuis 2024, ont fragilisé son centre de gravité.
Joseph Aoun marginalise Nawaf Salam dans la négociation
Sur le versant exécutif, la séquence révèle une fracture institutionnelle nette. D’après les informations rapportées, le président Joseph Aoun aurait délibérément tenu le Premier ministre Nawaf Salam à distance des discussions stratégiques avec les émissaires américains. Le chef de l’État conduirait personnellement, depuis le palais de Baabda, les contacts avec Washington, contournant ainsi le Grand Sérail et la diplomatie gouvernementale. Cette concentration du processus entre les mains présidentielles trahit une volonté de garder la main sur un dossier jugé existentiel, mais elle entretient également les tensions au sommet de l’État.
L’écart entre les deux têtes de l’exécutif n’est pas anodin. Nawaf Salam, ancien président de la Cour internationale de Justice porté au pouvoir avec le soutien d’une partie de l’opposition au Hezbollah, incarne une ligne plus confrontationnelle envers le parti chiite. Joseph Aoun, issu du commandement de l’armée, privilégie une approche de gestion graduelle, soucieuse de préserver l’unité des institutions sécuritaires. En écartant son chef de gouvernement, le président cherche aussi à éviter un emballement diplomatique susceptible de provoquer une crise interne ouverte avec le Hezbollah et son allié Amal.
Washington, arbitre d’un cessez-le-feu fragile
Le recours à la médiation américaine illustre l’étroitesse de la marge libanaise. Les frappes israéliennes se poursuivent dans le sud et la Bekaa malgré l’accord de novembre 2024, et Beyrouth ne dispose ni des leviers militaires, ni du poids diplomatique pour imposer un arrêt unilatéral des hostilités. Le terme employé par certains commentateurs, celui d’une supplication adressée à Washington, traduit le déséquilibre de la relation. L’administration américaine, qui parraine le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu, conditionne son engagement à des avancées tangibles sur le désarmement du Hezbollah au sud du fleuve Litani, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité.
Cette équation place le Liban dans une impasse. Toute concession ouverte sur les armes du parti exposerait Joseph Aoun à une rupture interne, tandis que le statu quo expose le pays à la poursuite des bombardements et à une dégradation économique accrue. Le pays reste suspendu aux décisions de Tel-Aviv et de Washington, alors même que sa classe politique peine à reconstituer un front uni. Selon Al Akhbar, les prochaines semaines seront décisives pour clarifier la hiérarchie réelle des pouvoirs à Beyrouth.
Pour aller plus loin
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