La question des combattants étrangers ayant grossi les rangs des factions islamistes durant la guerre civile syrienne refait surface au sommet du pouvoir à Damas. Selon les informations rapportées par la presse libanaise, le président de transition Ahmad al-Charaa, ancien chef de Hayat Tahrir al-Cham, a pris acte de l’échec du plan initial visant à intégrer ces volontaires étrangers dans la structure régulière de la nouvelle armée syrienne. Une option alternative, qualifiée de recyclage, serait désormais à l’étude.
Un projet d’intégration militaire qui s’enlise
Depuis la chute du régime baathiste en décembre 2024, les autorités de transition syriennes avaient affiché leur volonté d’absorber les milliers de combattants non-syriens, ouïghours, tchétchènes, ouzbeks, jordaniens ou nord-africains, qui avaient combattu aux côtés des factions ayant pris Damas. Plusieurs nominations à des grades d’officier au sein du nouvel appareil militaire avaient suscité une vague de protestations diplomatiques, en particulier de la part de capitales occidentales et de pays voisins inquiets de voir des figures classées sur les listes antiterroristes accéder à des fonctions étatiques.
Le projet d’intégration s’est rapidement heurté à trois obstacles. D’abord, la pression internationale, exercée notamment lors des contacts avec Washington, Bruxelles, Ankara et certaines capitales du Golfe, conditionnant la levée des sanctions à un traitement transparent du dossier. Ensuite, les résistances internes au sein des cadres militaires syriens, peu enclins à voir des étrangers occuper des positions clés. Enfin, l’impossibilité juridique de naturaliser massivement ces combattants sans heurter la sensibilité d’une partie de la population et des minorités, déjà inquiètes de la trajectoire du pouvoir issu de l’ancienne mouvance djihadiste.
Le pari du recyclage : une réponse pragmatique
Faute d’intégration formelle, la présidence syrienne explorerait désormais une stratégie de redéploiement. Concrètement, il s’agirait de répartir ces combattants au sein d’unités spécialisées, de structures de sécurité parallèles ou de fonctions logistiques, en dehors des grades officiels et des chaînes de commandement les plus exposées. Cette approche permettrait à Damas de conserver une force opérationnelle aguerrie tout en réduisant la visibilité internationale du dossier.
Le recyclage envisagé toucherait également la dimension idéologique. Plusieurs sources évoquent la mise en place de programmes de réorientation destinés à éloigner ces combattants de leur matrice djihadiste initiale, avec un encadrement religieux jugé compatible avec la nouvelle ligne officielle. Reste que la crédibilité de tels dispositifs auprès des partenaires extérieurs demeure faible, les services de renseignement régionaux soulignant la difficulté technique d’une véritable désengagement idéologique.
Par ailleurs, la question du retour dans les pays d’origine demeure largement bloquée. Pékin réclame depuis des mois le rapatriement des combattants ouïghours du Parti islamique du Turkestan. Moscou exige le transfert des éléments nord-caucasiens. Plusieurs États arabes, dont la Jordanie et l’Égypte, s’inquiètent du sort de leurs ressortissants. À ce jour, aucun cadre juridique bilatéral n’a permis de débloquer significativement ces dossiers.
Un dossier au cœur des équilibres régionaux
L’enjeu dépasse largement la gestion interne de l’armée syrienne. Pour les chancelleries du Golfe, la normalisation progressive avec Damas est subordonnée à la maîtrise effective de ces réseaux combattants. Pour Ankara, dont les liens opérationnels avec certaines factions ayant accompagné l’arrivée d’al-Charaa au pouvoir sont anciens, le sujet conditionne la sécurité de la zone frontalière nord et l’avenir de la présence militaire turque. Pour les Européens, la traçabilité des combattants étrangers reste un préalable à tout assouplissement durable des régimes de sanctions.
Le choix du recyclage, s’il se confirme, illustre une logique de contournement plus que de résolution. Il permettrait à la présidence syrienne de gagner du temps, sans trancher les contradictions structurelles entre la nature politique du nouveau pouvoir, héritier d’une mouvance armée transnationale, et les exigences de réintégration dans le système régional et international. Le calendrier diplomatique des prochains mois, marqué par plusieurs rendez-vous à Riyad et à Doha, pourrait précipiter des arbitrages plus explicites.
Selon Al Akhbar, le dossier des combattants étrangers s’impose désormais comme l’un des principaux tests de la capacité d’Ahmad al-Charaa à transformer un appareil insurrectionnel en État souverain reconnu.
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