Liban : les vétérans s’opposent à toute amnistie pour terroristes

Syrian army soldiers in a parade in Damascus, showcasing unity and national pride.Photo : Baraa Obied / Pexels

L’association des anciens des Forces armées libanaises a publiquement rejeté toute initiative législative qui ouvrirait la voie à une amnistie en faveur de personnes condamnées pour terrorisme ou pour l’assassinat de membres de l’armée et des forces de sécurité intérieure. La position, exprimée dans un communiqué relayé par la presse libanaise, intervient alors que le débat sur une loi d’amnistie générale refait surface au Parlement, porté par plusieurs blocs confessionnels.

Une ligne rouge réaffirmée par les vétérans

Le collectif des retraités militaires a martelé que les soldats tombés dans l’exercice de leurs fonctions ne sauraient être traités comme une variable d’ajustement politique. Pour ses responsables, étendre la clémence aux auteurs d’attaques contre l’institution militaire reviendrait à effacer le sacrifice consenti par des centaines de familles libanaises depuis les guerres des années 1980 jusqu’aux affrontements plus récents avec des groupes jihadistes dans le nord et l’est du pays.

La sortie publique vise particulièrement les propositions évoquées au sein du Parlement, qui élargiraient le champ d’application d’un éventuel pardon législatif au-delà des seuls détenus condamnés pour des délits mineurs. Selon les anciens militaires, plusieurs centaines de personnes incarcérées pour leur participation à des opérations armées, notamment lors des combats de Nahr el-Bared en 2007 et d’Aarsal en 2014, pourraient être concernées par les versions actuellement en circulation.

Un débat parlementaire sous tension confessionnelle

La question de l’amnistie traverse depuis des années les équilibres communautaires libanais. Les blocs sunnites plaident pour la libération de détenus islamistes, dont une partie attend encore d’être jugée après plus d’une décennie de détention provisoire. Les forces chrétiennes, en particulier les Forces libanaises et le Courant patriotique libre, exigent en contrepartie l’inclusion de Samir Geagea ou des questions liées à la guerre civile, tandis qu’une partie de la classe politique chiite réclame une révision des dossiers liés à la collaboration présumée avec Israël.

Dans ce paysage fragmenté, l’institution militaire fait figure de digue. L’armée libanaise demeure l’une des rares structures étatiques bénéficiant d’un soutien transcommunautaire, et toute mesure perçue comme une remise en cause de l’autorité du jugement militaire suscite une vive résistance dans ses rangs et auprès de ses anciens. Les vétérans rappellent que plus de 170 soldats ont perdu la vie dans les combats contre des groupes affiliés à l’État islamique et au Front al-Nosra entre 2014 et 2017.

La position des anciens des forces armées rejoint, sur ce point précis, celle exprimée par le commandement actuel de l’armée, soucieux de préserver l’effet dissuasif des condamnations prononcées contre les auteurs d’attaques contre des positions militaires. Plusieurs responsables sécuritaires ont averti, ces derniers mois, qu’une amnistie large pourrait nourrir un sentiment d’impunité au moment où le pays affronte une fragilité institutionnelle inédite.

Un calendrier politique sous pression

Le débat survient dans une séquence politique chargée. Le gouvernement de Nawaf Salam, formé début 2025, doit composer avec les exigences du Fonds monétaire international, la reconstruction du sud meurtri par la guerre avec Israël et la pression occidentale pour avancer sur le désarmement des milices non étatiques. Une loi d’amnistie controversée risquerait d’épuiser un capital politique déjà rare, alors que la présidence Aoun cherche à stabiliser le compromis institutionnel issu de l’élection de janvier.

Les anciens militaires appellent les députés à dissocier clairement, dans le texte final, les détenus de droit commun et les personnes condamnées pour faits terroristes. Ils réclament également la mise en place d’un mécanisme transparent d’examen des dossiers, garantissant que les familles des victimes en uniforme soient associées à la procédure. Cette demande recoupe celle de plusieurs organisations de la société civile qui plaident pour une justice transitionnelle structurée plutôt que pour des amnisties d’opportunité.

Reste que l’arbitrage politique s’annonce délicat. Aucun bloc parlementaire n’a intérêt à apparaître comme l’adversaire d’une institution militaire perçue comme garante de l’unité nationale, mais les pressions communautaires en faveur d’une remise de peine pèsent lourdement sur l’agenda législatif. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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