RDC : un projet cuprifère chinois vise 500 000 tonnes par an au Kasaï

Aerial view of open-pit mine with haul trucks navigating winding roads.Photo : Mark Thomas / Pexels

Le projet minier chinois dévoilé le 7 mai 2026 aux autorités congolaises pourrait redessiner la cartographie cuprifère de la République démocratique du Congo. Présenté par la société China Railway Resources Universal Limited, filiale du groupe public chinois CRCC, il vise à terme une production annuelle pouvant atteindre 500 000 tonnes de cuivre dans l’espace du Grand Kasaï. La région, qui regroupe les anciennes provinces du Kasaï-Occidental et du Kasaï-Oriental, ne figure pas parmi les bassins miniers historiques du pays, jusqu’ici concentrés sur l’ex-Katanga et le Lualaba.

Un déplacement du centre de gravité minier congolais

La RDC est aujourd’hui le deuxième producteur mondial de cuivre, derrière le Chili, et le premier fournisseur de cobalt. L’essentiel de cette production provient de la ceinture cuprifère du sud-est, où opèrent notamment Ivanhoe Mines, Glencore, CMOC et la Gécamines. L’annonce d’un gisement potentiellement exploitable à cette échelle dans le Grand Kasaï marque donc une rupture géographique. Si les volumes annoncés se confirmaient, la zone pourrait à elle seule représenter plus du quart de la production actuelle du pays, estimée autour de 2,8 millions de tonnes en 2024 par les autorités congolaises.

Le ministre des Mines, Kizito Pakabomba, a indiqué que le dossier fait l’objet d’un suivi personnel du chef de l’État Félix Tshisekedi. Cette implication directe de la présidence laisse entendre une volonté d’accélérer les procédures administratives, alors que l’attribution de titres miniers de cette ampleur s’étale habituellement sur plusieurs années. Le calendrier précis des études de faisabilité, du permis environnemental et du bouclage financier n’a toutefois pas été communiqué.

Pékin consolide sa mainmise sur le cuivre congolais

L’arrivée de China Railway Resources Universal s’inscrit dans une stratégie de long terme des capitaux chinois en RDC. Plusieurs des principaux opérateurs présents dans le pays, à l’image de CMOC à Tenke Fungurume et Kisanfu, ou de Sicomines dans le cadre du contrat dit minerais contre infrastructures renégocié en 2024, sont déjà sous pavillon chinois. Pékin sécurise ainsi un accès direct aux métaux essentiels à la transition énergétique et à la fabrication de batteries, dans un contexte de concurrence accrue avec les industriels occidentaux et émiratis.

L’identité du porteur de projet n’est pas anodine. China Railway Resources Universal appartient à l’écosystème de China Railway Construction Corporation, conglomérat coté à Hong Kong et Shanghai, qui combine ingénierie d’infrastructures et exploitation de ressources. Ce profil ouvre la voie à des montages combinant extraction minière, construction ferroviaire et corridors logistiques, sur le modèle déjà éprouvé en Afrique centrale et orientale. Reste à connaître les engagements précis pris en matière d’évacuation du minerai, alors que le Grand Kasaï souffre d’un déficit chronique d’infrastructures routières et ferroviaires.

Des questions ouvertes sur la viabilité et la gouvernance

Plusieurs incertitudes pèsent sur la concrétisation du projet. Aucune donnée publique ne permet à ce stade d’évaluer les réserves prouvées du gisement visé, ni la teneur des minerais. L’objectif de 500 000 tonnes annuelles, s’il était atteint, placerait l’exploitation parmi les cinq plus grandes mines de cuivre au monde, un seuil que peu de projets africains ont franchi depuis la décennie 2010. Les besoins en énergie, en eau et en main-d’œuvre qualifiée constitueront autant de variables critiques.

Par ailleurs, la société civile congolaise et les bailleurs internationaux scrutent désormais de près les conditions d’attribution des actifs miniers, après les controverses entourant certains contrats sino-congolais. Le ministère des Mines devra démontrer que les retombées fiscales, l’emploi local et la transformation sur place font partie intégrante du dispositif. Kinshasa pousse depuis 2023 pour qu’une part croissante du cuivre et du cobalt soit raffinée localement, plutôt qu’exportée sous forme de concentrés.

L’annonce intervient enfin à un moment où les cours du cuivre se maintiennent au-dessus de 9 500 dollars la tonne, soutenus par la demande des secteurs des véhicules électriques, des réseaux électriques et des centres de données. Pour Kinshasa, attirer un nouvel acteur de cette taille représenterait un levier diplomatique et budgétaire considérable, à condition que les garanties contractuelles soient solidement établies. Selon Financial Afrik, le dossier fait l’objet d’un suivi rapproché de la présidence congolaise.

Pour aller plus loin

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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