Le projet minier en cuivre présenté en République démocratique du Congo (RDC) par la société chinoise China Railway Resources Universal Limited pourrait redessiner la carte cuprifère mondiale. Dévoilé le 7 mai à Kinshasa, le dossier vise une extraction d’envergure dans la province du Grand Kasaï, à l’écart des gisements traditionnels du Katanga et du Lualaba. Selon les premières indications du ministère congolais des Mines, l’ambition affichée placerait le futur site parmi les plus grandes mines de cuivre de la planète.
Rien n’est pour l’heure paraphé. La présentation faite jeudi par les promoteurs chinois relève d’une phase préparatoire, qui doit encore franchir les étapes d’évaluation technique, environnementale et contractuelle prévues par le code minier congolais. Le ministre des Mines, Kizito Pakabomba, a néanmoins indiqué que le projet bénéficiait d’un suivi particulier du président Félix Tshisekedi, qui souhaite en voir la concrétisation dans les meilleurs délais. Un signal politique qui place le dossier en haut de la pile des arbitrages économiques attendus dans les prochains mois.
Un nouveau front cuprifère hors du Katanga
L’intérêt stratégique du projet tient d’abord à sa localisation. Le Grand Kasaï, plus connu pour son histoire diamantifère que pour ses ressources de base, n’avait jamais été identifié comme une zone majeure de production de cuivre. Le Katanga, frontalier de la Zambie, concentre depuis des décennies l’essentiel des investissements miniers du pays, avec des opérateurs comme Glencore, CMOC ou Ivanhoe. Ouvrir un second pôle cuprifère, à plusieurs centaines de kilomètres de la ceinture historique, modifierait l’équilibre territorial du secteur extractif congolais.
Cette diversification géographique répondrait aussi à une logique d’aménagement défendue par Kinshasa. Le gouvernement entend depuis plusieurs années rééquilibrer les retombées minières au profit de provinces longtemps maintenues en marge de la rente. Un projet de cette taille au Grand Kasaï impliquerait la construction d’infrastructures lourdes — routes, énergie, voies d’évacuation — dans une région qui en manque cruellement. Reste à arbitrer le mode de financement et le partage des charges entre l’investisseur, l’État et la Gécamines.
Pékin consolide sa présence dans la chaîne du cuivre
L’arrivée de China Railway Resources Universal Limited, filiale du conglomérat ferroviaire d’État China Railway Group, prolonge l’emprise déjà considérable de la Chine sur la filière cuivre-cobalt congolaise. Plusieurs des plus grands sites du pays sont opérés par des groupes chinois, à l’image de CMOC à Tenke Fungurume et à Kisanfu. Pékin a fait du sécurisation de l’approvisionnement en cuivre une priorité industrielle, tirée par la transition énergétique, l’électrification des véhicules et le déploiement des réseaux électriques.
Le contexte congolais reste toutefois marqué par les renégociations engagées par Kinshasa avec ses partenaires chinois. L’accord dit Sicomines, conclu en 2008 et révisé début 2024, a servi de matrice à une nouvelle approche : davantage de royalties, des infrastructures effectivement livrées et une transparence renforcée. Tout nouveau projet d’ampleur sera examiné à l’aune de ces exigences révisées. Les autorités congolaises ont par ailleurs durci le ton sur la traçabilité des minerais et sur les obligations sociales des opérateurs étrangers.
Un dossier sous surveillance présidentielle
La mention d’un suivi direct par la présidence indique que le projet du Grand Kasaï dépasse le simple cadre sectoriel. Il s’inscrit dans la stratégie économique du second mandat de Félix Tshisekedi, qui cherche à doper les recettes publiques et à concrétiser ses promesses de diversification territoriale. Le cuivre, dont les cours évoluent autour de niveaux historiquement élevés sur le London Metal Exchange, représente déjà la première source de devises du pays, devant le cobalt.
Les prochaines étapes porteront sur la délivrance des permis, la réalisation des études de faisabilité et la négociation d’une convention minière conforme au code de 2018. La capacité du consortium chinois à mobiliser les financements et à tenir un calendrier réaliste sera scrutée de près, dans un secteur où plusieurs annonces spectaculaires n’ont jamais débouché sur une production effective. Selon RFI Afrique.
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