La junte malienne et son allié russe perdent du terrain dans le nord du Mali, à un rythme qui surprend les chancelleries occidentales. Depuis le 26 avril, les Forces armées maliennes (FAMa), épaulées par les opérateurs russes héritiers du groupe Wagner, ont successivement abandonné trois de leurs principaux verrous sahariens. Kidal, capitale historique de la rébellion touarègue, est tombée la première. Tessalit, nœud logistique vers la frontière algérienne, a suivi le 1er mai. L’évacuation d’Aguelhok, entamée dans la foulée, parachève une séquence de repli inédite depuis l’arrivée des colonels au pouvoir à Bamako.
Un repli coordonné vers le centre et le sud du Mali
Selon des sources militaires françaises, ce mouvement n’a rien d’une débandade improvisée. Les autorités de transition auraient choisi de recentrer leur dispositif sur les régions économiquement et démographiquement stratégiques, autour du delta intérieur du Niger, de Mopti, Ségou et de l’axe Bamako. La logique est connue des états-majors : abandonner des emprises trop étirées pour préserver la profondeur stratégique du régime. Reste que ce calcul a un coût politique. La junte avait fait de la reconquête de Kidal en novembre 2023 le symbole de la souveraineté retrouvée, après le départ de la mission onusienne Minusma et la rupture avec Paris.
Le retrait de cette même ville, dix-huit mois plus tard, fragilise le récit officiel. Il interroge surtout l’efficacité du partenariat noué avec Moscou via l’Africa Corps, structure qui a succédé à Wagner après la mort d’Evguéni Prigojine. Les contingents russes, déployés depuis fin 2021, n’ont pas suffi à tenir un dispositif que les armées française et onusienne avaient elles-mêmes peiné à stabiliser. Les pertes subies à Tinzaouatène en juillet 2024, où plusieurs dizaines de combattants russes et maliens avaient été tués lors d’une embuscade, avaient déjà entamé la posture de l’allié russe.
L’offensive conjointe des indépendantistes et des djihadistes
L’offensive du 26 avril associe deux acteurs aux agendas pourtant distincts. D’un côté, le Cadre stratégique permanent (CSP), coalition à dominante touarègue qui regroupe les anciens signataires de l’accord d’Alger de 2015, dénoncé par Bamako en janvier 2024. De l’autre, le Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), franchise sahélienne d’Al-Qaïda dirigée par Iyad Ag Ghali. Cette convergence opérationnelle, sans constituer une alliance formelle, démultiplie la pression sur des garnisons isolées, dépendantes de longues lignes de ravitaillement aérien.
Concrètement, la perte d’Aguelhok prive les FAMa de leur dernier point d’appui structurant entre Kidal et la frontière algérienne. Le triangle Kidal-Tessalit-Aguelhok formait l’ossature de la présence étatique dans l’Adrar des Ifoghas, massif qui sert de sanctuaire à la rébellion comme aux groupes djihadistes depuis plus d’une décennie. Son abandon ouvre un boulevard à l’économie de la contrebande qui irrigue la zone, du carburant aux migrants en passant par les armes circulant depuis la Libye.
Une recomposition régionale aux conséquences lourdes
Le revers malien intervient dans un contexte régional tendu. Au sein de la Confédération des États du Sahel, qui rassemble depuis juillet 2024 le Mali, le Burkina Faso et le Niger, les trois juntes affichent une solidarité de façade. Mais aucune ne dispose des moyens militaires pour suppléer Bamako sur le théâtre du Nord. Le Niger, lui-même confronté à la pression du JNIM et de l’État islamique au Sahel, a déjà rappelé une partie de ses troupes vers ses frontières.
Pour Moscou, l’enjeu dépasse le seul Mali. L’Africa Corps avait fait du Sahel la vitrine de sa réorientation africaine, après l’Ukraine et la Centrafrique. Un échec prolongé fragiliserait son offre sécuritaire auprès d’autres clients potentiels du continent. Les autorités algériennes, de leur côté, observent avec inquiétude la résurgence d’un foyer d’instabilité à leurs portes méridionales, alors que les relations diplomatiques avec Bamako restent gelées depuis le printemps 2024.
La capacité de la junte du colonel Assimi Goïta à transformer ce repli en consolidation, plutôt qu’en effritement, déterminera la trajectoire des prochains mois. Selon Le Monde Afrique, l’objectif assumé reste la concentration des forces sur les zones utiles du pays.
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