Al Akhbar dénonce l’axe Émirats-Israël sur la guerre de Gaza

Stunning night view of Abu Dhabi's illuminated skyline reflecting on the water.Photo : Eslam Mohammed Abdelmaksoud / Pexels

La relation entre les Émirats arabes unis et Israël fait l’objet, dans la presse arabe d’opposition, d’une critique d’une virulence inédite depuis le déclenchement de la guerre de Gaza. Le quotidien libanais Al Akhbar consacre une tribune au vitriol à ce qu’il qualifie de « partenariat plein dans le crime et le sang » entre Abou Dhabi et Tel-Aviv. La charge, signée dans l’édition arabophone, vise nommément la dynastie régnante émiratie, désignée par l’expression « les fils de Zayed », en référence au père fondateur de la fédération, cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane.

Une lecture frontale des accords d’Abraham

Le journal beyrouthin, connu pour son alignement sur les positions du Hezbollah et de l’axe pro-iranien, ne s’embarrasse d’aucune nuance diplomatique. Al Akhbar inscrit la normalisation émiratie de septembre 2020 dans une trajectoire plus longue, celle d’une coopération sécuritaire et politique qu’il décrit comme structurelle, et non conjoncturelle. Pour la rédaction libanaise, les accords dits d’Abraham, parrainés par l’administration Trump, n’auraient fait qu’officialiser une convergence d’intérêts déjà ancienne entre la maison Al Nahyane et l’establishment israélien.

L’argument central du quotidien repose sur la lecture du conflit en cours dans la bande de Gaza. Tandis que plusieurs capitales arabes, dont Riyad, ont conditionné toute avancée diplomatique à un cessez-le-feu et à une perspective d’État palestinien, Abou Dhabi a maintenu ses canaux économiques et sécuritaires avec Israël. Cette continuité, présentée par les Émiratis comme un gage de pragmatisme et un levier d’influence sur Tel-Aviv, est requalifiée par Al Akhbar en complicité active.

Une fracture éditoriale révélatrice du monde arabe

Le ton employé par le journal libanais traduit une polarisation profonde de la sphère médiatique arabe. D’un côté, les médias proches du Golfe sunnite, en particulier Al Arabiya et The National, défendent une approche transactionnelle des relations avec Israël, mettant en avant les retombées technologiques, les flux d’investissement et la stabilisation régionale. De l’autre, des organes comme Al Akhbar, Al Mayadeen ou certains titres qatariens dénoncent une rupture morale avec la cause palestinienne, présentée comme constitutive de l’identité politique arabe depuis 1948.

Cette fracture n’est pas seulement rhétorique. Elle structure désormais les arbitrages diplomatiques régionaux. Les Émirats, qui hébergent une ambassade israélienne à Abou Dhabi depuis 2021, ont fait du partenariat avec l’État hébreu un pilier de leur doctrine de sécurité, en particulier face à la menace iranienne perçue depuis le détroit d’Ormuz. Le commerce bilatéral entre les deux pays, évalué à plusieurs milliards de dollars depuis la signature des accords, s’est maintenu malgré les tensions liées à l’opération militaire israélienne dans l’enclave palestinienne.

Un récit qui pèse sur l’opinion arabe

Au-delà du registre polémique, l’article d’Al Akhbar capte un sentiment diffus dans une partie des opinions publiques arabes, où les images en provenance de Gaza nourrissent un rejet croissant de la normalisation. Plusieurs sondages publiés ces derniers mois par l’Arab Center for Research and Policy Studies, basé à Doha, indiquent un effondrement du soutien populaire aux accords d’Abraham dans la quasi-totalité des pays sondés. Aux Émirats mêmes, où l’expression politique reste étroitement encadrée, ce climat constitue une variable que les autorités fédérales ne peuvent ignorer.

La charge du quotidien libanais s’inscrit aussi dans une bataille narrative plus large. En désignant la famille Al Nahyane comme partie prenante d’un projet régional jugé hostile aux Palestiniens, Al Akhbar cherche à fissurer la légitimité symbolique d’Abou Dhabi, qui se présente volontiers comme une puissance modératrice et un pôle de stabilité. La référence appuyée à cheikh Zayed, figure tutélaire associée à un panarabisme prudent mais réel, vise à creuser l’écart entre l’héritage du fondateur et la politique étrangère actuelle de la fédération.

Reste que cette virulence éditoriale ne semble guère infléchir la diplomatie émiratie, qui continue d’arbitrer en faveur d’une relation stratégique avec Israël tout en multipliant les déclarations en soutien à l’aide humanitaire à Gaza. La ligne d’Abou Dhabi conjugue ainsi continuité du partenariat sécuritaire et communication humanitaire offensive, dans un exercice d’équilibrisme dont les limites politiques se mesureront à la durée du conflit. Selon Al Akhbar.

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About the Author

Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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