Le bilan s’alourdit dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Au moins 36 personnes ont été tuées depuis le 5 mai au cours de plusieurs raids attribués aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), groupe armé d’origine ougandaise affilié depuis 2019 à l’organisation État islamique sous l’appellation de Province d’Afrique centrale. Les attaques ont visé des localités rurales situées à la lisière du Nord-Kivu et de l’Ituri, deux provinces placées sous état de siège depuis mai 2021.
Une offensive méthodique contre les villages du Nord-Kivu et de l’Ituri
Les assaillants ont frappé en plusieurs vagues, ciblant des habitations, des champs et des axes de circulation isolés. Selon les autorités locales et des sources de la société civile congolaise, les modes opératoires demeurent inchangés : incursions nocturnes, exécutions à l’arme blanche pour préserver les munitions, pillage de vivres et incendies de maisons. Cette tactique, éprouvée depuis la fin des années 2010, vise autant à terroriser les populations qu’à entretenir une économie de guerre fondée sur la prédation.
Le territoire de Beni, épicentre historique de l’insurrection ADF, concentre une part significative des violences. Mais l’extension du périmètre opérationnel des combattants vers l’Ituri voisin, observée depuis plusieurs mois, complique la cartographie sécuritaire. Les zones de Mambasa et d’Irumu figurent désormais parmi les théâtres récurrents d’attaques, signe que la pression militaire exercée à l’est n’a pas suffi à contenir la mobilité des groupes armés.
L’opération Shujaa à l’épreuve du terrain
Lancée fin novembre 2021, l’opération conjointe Shujaa réunit les Forces armées de la RDC (FARDC) et les Forces de défense populaires de l’Ouganda (UPDF). Conçue comme une réponse coordonnée aux attentats de Kampala revendiqués par l’État islamique, elle devait permettre de neutraliser les sanctuaires ADF dans le massif du Rwenzori et la forêt de l’Ituri. Plus de trois ans après son déclenchement, le constat dressé par les acteurs humanitaires et plusieurs experts onusiens reste sévère : les capacités de nuisance du groupe demeurent intactes, voire renforcées.
Plusieurs facteurs nourrissent cette résilience. La porosité de la frontière avec l’Ouganda offre des routes de repli. La densité forestière complique les opérations de ratissage. Surtout, l’éclatement des cellules combattantes en petits groupes mobiles rend caduque toute logique de bataille rangée. À cela s’ajoute la défiance d’une partie des populations à l’égard des forces régulières, accusées par moments de manquements dans la protection des civils.
Une crise sécuritaire aux ramifications régionales
L’enlisement du dossier ADF s’inscrit dans un paysage sécuritaire congolais saturé. À l’ouest du Nord-Kivu, l’offensive du Mouvement du 23 mars (M23) a redessiné les rapports de force depuis la chute de Goma puis de Bukavu au début de l’année 2025, mobilisant l’essentiel des moyens militaires de Kinshasa. Cette dispersion des fronts profite mécaniquement aux ADF, dont les couloirs d’action se trouvent moins surveillés.
La Mission de l’ONU en RDC (MONUSCO), engagée dans un retrait progressif réclamé par les autorités congolaises, n’est plus en mesure d’assurer un filet de sécurité significatif dans certaines zones reculées. Les organisations humanitaires alertent depuis plusieurs mois sur la dégradation des conditions de vie des déplacés, dont le nombre dépasse désormais sept millions à l’échelle nationale, plaçant la RDC parmi les crises de déplacement les plus aiguës au monde.
Pour Kinshasa, la multiplication des massacres pose une question politique aiguë : celle de la crédibilité de l’état de siège, dispositif d’exception qui confie l’administration des deux provinces à des officiers militaires. Quatre ans après son instauration, ses détracteurs estiment qu’il n’a produit ni recul durable des groupes armés, ni amélioration tangible de la gouvernance locale. Le débat sur sa levée ou sa réforme refait surface à chaque nouveau bilan macabre. Selon PressAfrik, les opérations de sécurisation se poursuivent dans les zones touchées.
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