Mali : le Jnim attaque cinq villages près de Bandiagara, une vingtaine de morts

Aerial view of Bafoulabe with a prominent rocky hill under a bright, cloudy sky.Photo : Ben Khatry / Pexels

« 

Le centre du Mali s’enfonce un peu plus dans la spirale jihadiste. Jeudi 21 mai 2026, en milieu d’après-midi, cinq villages de la région de Bandiagara ont été simultanément attaqués par des combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim), katiba sahélienne affiliée à al-Qaïda. La coalition jihadiste a rapidement revendiqué l’opération, sans toutefois communiquer de bilan. Selon plusieurs sources locales, une vingtaine d’habitants ont péri et de nombreux autres ont fui vers les localités voisines.

Une offensive coordonnée au cœur du pays dogon

La région de Bandiagara, qui couvre l’essentiel du plateau dogon, figure depuis plusieurs années parmi les zones les plus exposées à la pression du Jnim. Le caractère simultané des assauts contre cinq villages illustre la capacité de projection retrouvée par la nébuleuse jihadiste dans le centre du Mali, sur un territoire où l’État peine à maintenir une présence sécuritaire continue. Les assaillants, lourdement armés et circulant à moto, ont opéré en pleine journée, signe d’un rapport de force durablement défavorable aux Forces armées maliennes (FAMa) dans cette portion du Sahel central.

Les témoignages recueillis sur place font état de habitations incendiées, de bétail emporté et de familles entières fuyant vers Bandiagara-ville ou vers les axes menant à Sévaré et Mopti. Ce mode opératoire, déjà observé dans le cercle de Bankass et autour de Koro, vise à dépeupler les zones rurales et à consolider l’emprise territoriale du Jnim sur les pistes commerciales reliant le plateau dogon à la boucle du Niger.

Un Jnim qui durcit sa pression sur le Sahel central

La revendication de l’attaque s’inscrit dans une séquence d’intensification opérationnelle de la katiba dirigée par Iyad Ag Ghali. Depuis le début de l’année 2026, le Jnim multiplie les frappes contre des positions militaires, des convois logistiques et désormais des cibles civiles, à un rythme inédit dans les régions de Ségou, Mopti et Bandiagara. Cette montée en cadence intervient alors que les autorités de transition à Bamako misent sur un partenariat sécuritaire renforcé avec Moscou et sur la mutualisation des moyens avec le Burkina Faso et le Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Sur le terrain, l’équation reste défavorable. Le retrait définitif de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma), fin 2023, a laissé un vide en matière de renseignement humain et de protection des civils que ni les FAMa ni les supplétifs russes n’ont véritablement comblé. Les milices communautaires Dan Na Ambassagou, historiquement implantées dans le pays dogon, voient leur capacité d’auto-défense érodée par des années de pertes et par l’attrition de leurs réseaux d’alerte précoce.

La question humanitaire à nouveau posée

L’attaque de Bandiagara relance la question des déplacements internes, déjà critique au Mali. Avant cet épisode, le pays comptait plusieurs centaines de milliers de personnes déplacées, concentrées principalement dans les régions du centre et du nord. Chaque nouvelle vague d’exactions alourdit le fardeau des communes d’accueil et fragilise les programmes alimentaires conduits par les agences onusiennes et les organisations non gouvernementales encore présentes sur le terrain.

Pour les partenaires régionaux, notamment la Côte d’Ivoire, le Sénégal et la Mauritanie, l’évolution de la situation dans le centre du Mali constitue un signal d’alerte. La porosité des frontières et la fluidité des katibas jihadistes entre le Liptako-Gourma et les zones forestières du golfe de Guinée nourrissent la crainte d’un débordement vers les pays côtiers, déjà confrontés à des incursions sporadiques dans leurs régions septentrionales. À Bamako, le silence officiel sur le bilan exact de l’attaque contraste avec la communication offensive du Jnim, qui capitalise sur chaque opération pour asseoir son autorité narrative auprès des populations rurales.

Selon RFI Afrique, les habitants des cinq villages visés continuaient à fuir au lendemain de l’assaut, sans qu’aucune réaction officielle des autorités de transition n’ait été rendue publique.

 »

Pour aller plus loin

Washington sanctionne un haut gradé de la police tanzanienne · Libye : la défense de Khalid el-Hishri conteste l’affaire à la CPI · Mali : un député français évoque un départ négocié des Russes

Actualité africaine

About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

Be the first to comment on "Mali : le Jnim attaque cinq villages près de Bandiagara, une vingtaine de morts"

Laisser un commentaire