Le divorce entre Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko est désormais acté. Le chef de l’État sénégalais a signé, dans la soirée du 23 mai, le décret mettant un terme aux fonctions de son Premier ministre, treize mois après une alternance historique qui avait porté au pouvoir le duo issu du parti Pastef. Cette décision intervient au terme de plusieurs semaines de tensions de plus en plus visibles entre les deux hommes, autrefois présentés comme inséparables. Elle ouvre une séquence politique inédite à Dakar, où la cohabitation au sommet de l’exécutif s’était muée en confrontation feutrée puis ouverte.
Une rupture politique annoncée au sommet de l’État sénégalais
Le tandem formé par Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko reposait sur un pacte singulier. Le second, figure historique de l’opposition antisystème, avait été empêché de concourir à la présidentielle de mars 2024 pour des raisons judiciaires. Il avait alors adoubé le premier, son lieutenant et ancien numéro deux de Pastef, propulsé candidat de substitution depuis sa cellule. Élu dès le premier tour, le nouveau président avait immédiatement nommé son mentor à la primature, formalisant un attelage que beaucoup à Dakar qualifiaient déjà de bicéphalisme assumé.
Sur le papier, la répartition des rôles devait conjuguer la légitimité institutionnelle du chef de l’État et l’autorité politique du chef du gouvernement, leader incontesté de la base militante. Dans la pratique, la coexistence s’est rapidement heurtée à la question du leadership réel. Qui, du président élu ou du Premier ministre fondateur du mouvement, incarnait véritablement le projet de rupture promis aux Sénégalais ? Ce flou stratégique a nourri une compétition d’influence au sein de l’appareil d’État et de Pastef.
Du duo au duel : les ressorts d’une fracture
Les premiers signaux d’une crispation sont apparus à mesure que se précisaient les arbitrages économiques et diplomatiques. Réformes fiscales, renégociation des contrats miniers et pétroliers, gestion de la dette publique, relations avec la France et avec les voisins de l’Alliance des États du Sahel : autant de dossiers où les sensibilités des deux têtes de l’exécutif ont divergé, parfois publiquement. Le Premier ministre, soucieux de tenir ses promesses radicales, poussait à une accélération du rythme. Le président, attentif aux équilibres macroéconomiques et aux partenariats internationaux, privilégiait une approche plus mesurée.
Le rapport de force interne au parti a achevé de précipiter la fracture. Ousmane Sonko conserve une emprise considérable sur Pastef, dont il demeure le président, et sur une base populaire mobilisée autour de sa personne. Bassirou Diomaye Faye, longtemps perçu comme son exécutant loyal, a progressivement cherché à affirmer une stature présidentielle autonome, en s’entourant de conseillers issus de la haute administration et en multipliant les initiatives diplomatiques personnelles. La méfiance s’est installée, puis l’affrontement larvé est devenu visible jusque dans les déclarations publiques des deux camps.
Quelles conséquences pour la gouvernance et le projet Pastef
Le limogeage acte la prééminence du président sur l’architecture institutionnelle, mais il n’éteint pas la question politique. Ousmane Sonko conserve son ancrage militant et la capacité de mobiliser dans la rue, alors même que des élections législatives anticipées avaient déjà rebattu les cartes du Parlement en novembre 2024. Le risque, pour Bassirou Diomaye Faye, est de voir s’ouvrir un front d’opposition au sein même de sa famille politique, à mi-mandat d’un quinquennat à peine entamé.
Les partenaires économiques du Sénégal observeront avec attention la composition du prochain gouvernement et le profil du futur chef de la primature. Le pays, devenu producteur d’hydrocarbures depuis 2024 avec les champs de Sangomar et de Grand Tortue Ahmeyim, négocie également un nouveau programme avec le Fonds monétaire international. Toute instabilité prolongée à la tête de l’exécutif pèserait sur la prime de risque souverain et sur les arbitrages des investisseurs présents à Dakar. Reste à savoir si cette rupture marque la fin d’une parenthèse ou le début d’une recomposition durable du paysage politique sénégalais. Selon RFI Afrique.
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