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La déclaration n’est pas passée inaperçue à Bamako comme à Paris. Le député français Bruno Fuchs, figure des travaux parlementaires consacrés à l’Afrique, soutient que les contingents russes présents au Mali seraient engagés dans des négociations en vue de leur départ. L’élu va plus loin en pronostiquant la chute prochaine de la junte militaire qui dirige le pays depuis le double coup d’État de 2020 et 2021. Une projection qui tranche avec la communication officielle des autorités de transition, attachées à mettre en avant la coopération sécuritaire avec Moscou.
Une affirmation qui bouscule la narration officielle de Bamako
Depuis le retrait de la force française Barkhane en 2022 et la fin de la mission onusienne Minusma en 2023, le partenariat noué entre la junte malienne et les opérateurs russes héritiers du groupe Wagner constitue l’épine dorsale du dispositif sécuritaire revendiqué par le pouvoir. La présence russe, formalisée plus récemment sous la bannière de l’Africa Corps placé sous tutelle du ministère russe de la Défense, est présentée par les autorités de transition comme un pilier de la souveraineté retrouvée. Les propos de Bruno Fuchs viennent fissurer ce récit en suggérant que l’engagement de Moscou aurait atteint ses limites opérationnelles ou financières.
Le député, membre de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, s’exprime régulièrement sur les dossiers sahéliens. Sa parole n’engage pas l’exécutif français, mais elle s’inscrit dans un contexte de reconfiguration accélérée des alliances régionales. La Confédération des États du Sahel, qui rassemble depuis 2024 le Mali, le Burkina Faso et le Niger, a fait du partenariat avec la Russie un marqueur identitaire, en rupture assumée avec Paris.
Un terrain sécuritaire toujours sous tension
Sur le plan opérationnel, les forces armées maliennes appuyées par leurs partenaires russes ont essuyé en juillet 2024 une lourde défaite à Tinzaouatène, dans l’extrême nord, face à une coalition de groupes rebelles touaregs et de combattants jihadistes. Cet épisode a marqué un tournant en exposant la vulnérabilité du dispositif. Depuis, les attaques attribuées au Jnim, branche sahélienne d’Al-Qaïda, et à l’État islamique au Sahel ont gagné en intensité, y compris dans les régions méridionales et autour de la capitale.
Dans ce contexte, la perspective d’un départ russe, si elle se confirmait, laisserait un vide difficile à combler à court terme. Les armées du Sahel ne disposent pas, à elles seules, des capacités aériennes et de renseignement nécessaires pour endiguer la menace. La Turquie, par la fourniture de drones Bayraktar, et certains acteurs du Golfe pourraient prétendre à un repositionnement, sans pour autant offrir un équivalent fonctionnel au soutien fourni par les paramilitaires russes au sol.
Paris à la recherche d’un retour stratégique
Pour la diplomatie française, marginalisée depuis la rupture avec Bamako, toute information signalant un essoufflement de l’ancrage russe est précieuse. Les déclarations de Bruno Fuchs nourrissent l’hypothèse d’une fenêtre de réengagement, à condition qu’un changement politique intervienne effectivement au sommet de l’État malien. La junte dirigée par le général Assimi Goïta a toutefois consolidé son pouvoir en se faisant investir président pour cinq ans renouvelables en juillet 2025, repoussant indéfiniment l’horizon électoral.
Reste que les signaux d’usure se multiplient. Tensions sociales liées aux coupures d’électricité récurrentes, contestation feutrée au sein de l’appareil sécuritaire, érosion des recettes publiques face à la chute de certains revenus miniers : la trajectoire intérieure de Bamako interroge ses propres soutiens. La pertinence du diagnostic posé par le parlementaire français se jugera dans les prochains mois, à l’aune des mouvements concrets observés sur le terrain et dans les chancelleries. Selon PressAfrik, le député français maintient que le double mouvement, départ russe et chute de la junte, est désormais engagé.
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