Washington sanctionne un haut gradé de la police tanzanienne

A stunning aerial view of Dar es Salaam showcasing its bustling harbor and urban skyline.Photo : Alex Levis / Pexels

La mesure annoncée par Washington cible nommément Faustine Jackson Mafwele, officier supérieur de la police tanzanienne, accusé d’avoir orchestré ou couvert de graves violations des droits humains à l’encontre de deux militants venus de pays voisins. Les faits remontent au mois de mai 2024, lorsque l’activiste kényan Boniface Mwangi et son homologue ougandaise Agather Atuhaire avaient été interpellés à Dar es Salaam alors qu’ils souhaitaient assister à l’audience du chef de l’opposition Tundu Lissu. Les deux militants ont par la suite affirmé avoir subi des sévices, dont des violences sexuelles, durant leur détention.

L’annonce américaine s’inscrit dans le cadre de la loi Global Magnitsky, instrument que le Trésor et le département d’État mobilisent depuis plusieurs années pour viser, à titre individuel, des responsables étrangers soupçonnés d’abus. Concrètement, les avoirs détenus par M. Mafwele sous juridiction américaine sont gelés et toute transaction le concernant est prohibée pour les ressortissants et entreprises des États-Unis. L’officier se voit également interdire l’entrée sur le territoire américain, sanction étendue à plusieurs membres de sa famille proche.

Un signal diplomatique adressé à Dar es Salaam

Au-delà du sort personnel du commissaire visé, la décision constitue un avertissement clair envoyé à l’exécutif tanzanien. Depuis l’arrivée au pouvoir de la présidente Samia Suluhu Hassan en 2021, les chancelleries occidentales avaient salué un certain dégel politique après les années Magufuli. Mais l’arrestation de Tundu Lissu, principal opposant du parti Chadema, et les violences signalées contre des défenseurs des droits humains régionaux ont nourri une lecture plus critique. Plusieurs ONG, dont Human Rights Watch et Amnesty International, avaient documenté le cas Mwangi-Atuhaire dès l’été 2024.

L’affaire dépasse les frontières nationales. Elle met sous tension les équilibres au sein de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), dont la Tanzanie, le Kenya et l’Ouganda sont membres fondateurs. Le traitement réservé à des citoyens kényan et ougandais par les forces de sécurité tanzaniennes avait provoqué une vive émotion à Nairobi comme à Kampala, et conduit à des échanges diplomatiques discrets pour obtenir leur libération. Reste que les autorités tanzaniennes n’ont, à ce jour, ouvert aucune enquête publique connue sur les faits dénoncés.

La mécanique Global Magnitsky en Afrique de l’Est

Cette sanction n’est pas un cas isolé sur le continent. Washington a recouru au même dispositif contre des responsables de la sécurité au Soudan, en Ouganda ou encore en République démocratique du Congo ces dernières années. La logique consiste à éviter les sanctions sectorielles, jugées contre-productives pour les populations, en frappant des individus identifiés. L’effet recherché est double : isoler financièrement la personne ciblée et contraindre l’État concerné à reprendre la main sur ses propres procédures internes.

Pour Dar es Salaam, la question est désormais de savoir si la justice tanzanienne ouvrira une procédure contre l’officier mis en cause ou si le pouvoir choisira de protéger un cadre jugé loyal. Les précédents régionaux suggèrent que les autorités visées tendent, dans un premier temps, à rejeter publiquement les sanctions comme une ingérence, avant d’opérer parfois des ajustements en coulisses. Le ministère tanzanien des Affaires étrangères n’a pas réagi officiellement dans les heures suivant l’annonce.

Un calendrier politique sensible

Le moment choisi par Washington ne doit rien au hasard. La Tanzanie se prépare à une échéance électorale majeure en octobre 2025, scrutin lors duquel la présidente Samia Suluhu Hassan briguera un mandat plein. L’environnement politique s’est durci ces derniers mois, avec plusieurs arrestations de figures de l’opposition et des restrictions imposées à la société civile. Les partenaires internationaux du pays, à commencer par les bailleurs américains et européens, conditionnent désormais une partie de leur appui à des garanties en matière de droits fondamentaux.

Le dossier Mafwele cristallise ainsi un enjeu plus large : la capacité du régime tanzanien à conjuguer maintien de l’ordre et respect des engagements pris devant ses partenaires bilatéraux. Pour les militants est-africains, la décision américaine apparaît comme une forme de reconnaissance, à défaut de réparation. Selon RFI Afrique, l’officier visé n’a pas réagi publiquement à la mesure le concernant.

Pour aller plus loin

Libye : la défense de Khalid el-Hishri conteste l’affaire à la CPI · Mali : un député français évoque un départ négocié des Russes · Mali : un député français annonce le retrait imminent des Russes

Actualité africaine

About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

Be the first to comment on "Washington sanctionne un haut gradé de la police tanzanienne"

Laisser un commentaire