Le mobile money s’impose désormais comme le canal de référence pour les transferts de fonds de la diaspora vers la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC). En 2024, les ressortissants des six États membres établis hors de la zone ont expédié 1 354 milliards de FCFA, soit environ 2,42 milliards de dollars, directement crédités sur des comptes de paiement mobile. Ce volume représente une progression de 77 % par rapport aux 763,81 milliards de FCFA enregistrés un an plus tôt, selon le rapport annuel de la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) consacré aux services de paiement.
Une bascule structurelle vers les comptes de paiement mobile
La trajectoire observée dépasse la simple croissance organique. Elle traduit un déplacement structurel des canaux de remise de fonds. Les opérateurs historiques, agences bancaires et sociétés de transfert spécialisées, voient leur part s’éroder au profit des solutions portées par les filiales financières des opérateurs télécoms et par les établissements de paiement agréés. Le compte mobile, accessible depuis un smartphone d’entrée de gamme, capte désormais l’essentiel des envois de petits montants à fréquence élevée, segment historiquement privilégié par les travailleurs migrants.
Plusieurs facteurs expliquent cette accélération. Le maillage des points de retrait s’est densifié dans les zones périurbaines et rurales du Cameroun, du Gabon, du Tchad, du Congo, de la Centrafrique et de la Guinée équatoriale. Les coûts de transfert affichés par les agrégateurs internationaux ont reculé sous l’effet de la concurrence, tandis que l’interopérabilité progressive entre portefeuilles électroniques réduit les frictions à la réception. Reste que le différentiel tarifaire avec les canaux classiques demeure le principal moteur d’adoption pour des envois souvent inférieurs à 100 000 FCFA.
La BEAC face à un nouvel équilibre des flux
Pour la banque centrale présidée par Yvon Sana Bangui, la lecture de ces chiffres est ambivalente. D’un côté, la formalisation accrue des envois renforce la traçabilité des flux entrants en devises, un enjeu sensible pour une zone monétaire dont les réserves de change sont surveillées de près depuis la crise de 2016. De l’autre, la captation de ces volumes par des prestataires non bancaires soulève des questions de supervision, de conformité aux règles de lutte contre le blanchiment et de respect du dispositif de rapatriement des recettes d’exportation.
Le régulateur communautaire a multiplié, ces dernières années, les textes encadrant l’activité des établissements de paiement. Le règlement de 2018 sur les systèmes de paiement, révisé depuis, impose un agrément spécifique et des exigences de fonds propres aux opérateurs de mobile money. Les filiales financières d’Orange, MTN ou Airtel, dominantes sur ce segment, doivent ainsi composer avec un cadre prudentiel qui se rapproche progressivement de celui applicable aux banques. La progression à 1 354 milliards de FCFA accentue la pression réglementaire, en proportion directe des montants désormais en circulation.
Un levier d’inclusion financière encore sous-exploité
Au-delà des seuls transferts internationaux, la dynamique observée nourrit l’inclusion financière dans une zone où le taux de bancarisation classique reste inférieur à 25 % dans la plupart des États membres. Le compte de paiement mobile, souvent ouvert pour recevoir un envoi familial, devient progressivement un point d’entrée vers d’autres services : paiement de factures, règlement de frais de scolarité, micro-épargne, accès à des produits de crédit court terme proposés par des fintech locales.
Les perspectives pour 2025 dépendront de plusieurs variables. La poursuite de la baisse des coûts de transfert, la stabilité du cadre réglementaire de la BEAC et l’extension de l’interopérabilité transfrontalière entre portefeuilles d’un pays CEMAC à l’autre figurent parmi les éléments déterminants. Concrètement, l’enjeu pour la sous-région consiste à transformer un canal de remise de fonds en infrastructure financière de plein exercice, capable de soutenir la consommation des ménages et l’activité des très petites entreprises. La diaspora, longtemps considérée comme un simple appoint budgétaire, s’affirme comme un contributeur macroéconomique de premier plan dont le comportement de paiement façonne désormais le paysage financier de l’Afrique centrale. Selon Financial Afrik.
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