MTN reprend 60% de sa fintech nigériane pour 60 millions de dollars

Detailed view of hands counting Nigerian naira outdoors, signifying economic activity.Photo : MUHAMMAD MUKTAR / Pexels

MTN Group resserre son emprise sur la fintech nigériane. Le géant sud-africain des télécommunications va acquérir 60 % des activités de paiement mobile actuellement logées dans MTN Nigeria, pour une valorisation de 95,5 milliards de nairas, soit environ 60 millions de dollars. La transaction, conduite par l’entité MTN Group Fintech, marque une nouvelle étape dans la stratégie de filialisation des services financiers numériques engagée par le groupe coté à Johannesburg.

L’opération couvre deux véhicules clés au Nigeria : MoMo Payment Service Bank, agréée par la banque centrale pour fournir des services bancaires de paiement, et Y’ello Digital Financial Services, qui anime un réseau d’agents physiques pour les dépôts, retraits et règlements de proximité. Le montage combine une émission d’actions nouvelles et un rachat partiel de titres existants, ce qui permettra au groupe de devenir actionnaire majoritaire sans bouleverser le périmètre opérationnel des deux entités.

Une réorganisation pour isoler les risques fintech

Derrière la mécanique financière, c’est une logique de redistribution des risques qui prévaut. Les services financiers mobiles obéissent à des contraintes prudentielles, technologiques et réglementaires distinctes de celles d’un opérateur télécom classique. En remontant le contrôle au niveau du groupe, MTN crée une cloison étanche entre les activités voix et data de MTN Nigeria, soumises à la concurrence d’Airtel et de Globacom, et l’écosystème fintech qui doit affronter banques commerciales, fintechs locales et plateformes panafricaines.

Cette architecture rejoint celle déjà déployée par d’autres opérateurs continentaux. Orange a logé ses activités financières dans Orange Money Group, tandis qu’Airtel Africa a procédé à des cessions partielles de minoritaires dans Airtel Mobile Commerce pour faire émerger une valorisation autonome. Le segment de la fintech mobile justifie aujourd’hui des multiples sensiblement supérieurs à ceux des télécoms historiques, et la séparation comptable et capitalistique facilite la levée de capitaux dédiée.

MoMo, un actif stratégique sur le marché nigérian

Au Nigeria, MoMo Payment Service Bank évolue dans un environnement dense. La Central Bank of Nigeria a délivré quatre licences de banque de paiement, dont celles de 9PSB, OPay et Hope PSB, dans l’objectif d’élargir l’inclusion financière à une population dont une partie importante reste sous-bancarisée. Le pays compte plus de 220 millions d’habitants et un marché du paiement numérique en expansion rapide, porté par la diffusion du smartphone et la modernisation des infrastructures de règlement.

Y’ello Digital Financial Services, de son côté, capitalise sur la force de frappe distributive de MTN Nigeria. Le réseau d’agents constitue le maillon physique indispensable dans un marché où le cash conserve une place prépondérante, malgré la politique de digitalisation impulsée par les autorités monétaires. La capacité à orchestrer ce maillage constitue un avantage concurrentiel difficile à répliquer pour les fintechs purement numériques.

Un signal pour les investisseurs et le naira

La valorisation retenue, 95,5 milliards de nairas pour 60 % du capital, traduit aussi l’arbitrage de change auquel sont confrontés les groupes panafricains opérant au Nigeria. Depuis la libéralisation partielle du naira en 2023 et les ajustements successifs, la conversion en devises fortes des bénéfices nigérians demeure un sujet sensible pour les multinationales. En internalisant la transaction au sein du groupe, MTN limite l’exposition à un transfert externe de cash et préserve la flexibilité financière de sa filiale locale.

L’opération devra encore recevoir le feu vert des autorités nigérianes compétentes, notamment la Securities and Exchange Commission et la banque centrale, MTN Nigeria étant cotée à la Bourse de Lagos. Pour les minoritaires, la valorisation servira de référence pour apprécier la contribution future des activités fintech aux résultats consolidés. À moyen terme, la question d’une introduction en Bourse séparée de l’ensemble fintech panafricain de MTN, parfois évoquée par la direction, reste ouverte.

Reste à observer comment la prise de contrôle se traduira opérationnellement, alors que la concurrence des néobanques nigérianes s’intensifie et que la pression réglementaire sur les frais de transaction reste forte. Selon Financial Afrik, la transaction sera finalisée selon les modalités combinant émission d’actions nouvelles et rachat partiel de titres existants.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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