La SFI étudie un prêt de 13,8 milliards FCFA pour Gozem

A motorcycle taxi rider waits for passengers on a bustling street in Nairobi, Kenya.Photo : marie frank / Pexels

La Société financière internationale (SFI), bras du Groupe Banque mondiale dédié au secteur privé, examine un prêt de 21 millions d’euros, équivalent à 13,8 milliards de FCFA, en faveur de Gozem. L’opération a été rendue publique le 27 avril 2026 sur le portail de divulgation des projets de l’institution. Elle vise à financer l’expansion de la plateforme numérique sur quatre marchés d’Afrique francophone : le Cameroun, le Bénin, le Togo et la République du Congo, sur un horizon courant de 2026 à 2028.

Fondée pour combiner transport à la demande, livraison, paiement mobile et financement de véhicules, la jeune pousse cherche à consolider un modèle de super-application encore en construction sur le continent. Présente au Cameroun depuis 2021, elle revendique aujourd’hui près d’un million d’utilisateurs en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale. Des données attribuées à la SFI évoquent un volume mensuel d’environ un million de trajets pour ses activités de transport et de livraison en 2025.

Un montage financier mêlant fonds propres de la SFI et ressources concessionnelles

Le tour de table envisagé reposerait sur trois compartiments. Huit millions d’euros, soit près de 5,25 milliards de FCFA, proviendraient directement du bilan de la SFI. Une enveloppe équivalente serait mobilisée sous forme de prêt subordonné, via les mécanismes concessionnels rattachés à l’IDA21, la 21e reconstitution des ressources de l’Association internationale de développement. Les cinq millions d’euros restants seraient recherchés auprès d’autres investisseurs, dans un schéma classique de co-financement destiné à atténuer le risque pour chaque participant.

Cette architecture n’est pas anodine. En adossant une part du financement à l’IDA21, l’institution multilatérale signale qu’elle considère Gozem comme un acteur susceptible de générer un impact de développement mesurable, en particulier sur l’inclusion économique des chauffeurs et des petits commerçants. Le recours au prêt subordonné permet par ailleurs d’absorber une partie du risque sans diluer le capital des fondateurs, un point sensible pour les start-up africaines confrontées à un marché du capital-risque tendu depuis 2023.

Une concurrence frontale avec Yango et les géants des télécoms

Le projet intervient dans un environnement particulièrement disputé. Sur le segment de la mobilité urbaine, Gozem affronte Yango, filiale de l’ancien Yandex, déjà solidement implantée au Cameroun, ainsi que les flottes traditionnelles de taxis et de motos-taxis qui structurent encore l’essentiel des déplacements quotidiens dans les grandes capitales de la sous-région. Sur le terrain de la livraison, du paiement numérique et des services intégrés, la pression vient d’opérateurs aux moyens autrement plus considérables.

Orange Max it, OPay, Jumia, M-Pesa, Vodapay ou encore MTN Ayoba avancent leurs pions, chacun à sa manière, vers la convergence des services mobiles, financiers et commerciaux. Pour la plateforme béno-togolaise, la bataille ne se joue plus sur la seule course-poursuite VTC. Elle porte sur la capacité à verrouiller un écosystème : fidéliser les chauffeurs par le crédit-véhicule, retenir les commerçants par le paiement, capter les utilisateurs finaux par la profondeur de l’offre. C’est précisément ce maillage que la SFI semble vouloir financer.

Une relation déjà éprouvée entre Gozem et l’institution de Washington

L’opération en cours d’instruction prolonge un partenariat noué de longue date. En 2022, la SFI et Gozem avaient déjà annoncé un financement de 10 millions de dollars, environ 5,6 milliards de FCFA, destiné à faciliter l’accès de 6 000 chauffeurs de moto-taxi à des véhicules au Togo et au Bénin. Le mécanisme combinait un effet d’inclusion financière, par la bancarisation de conducteurs jusque-là exclus du crédit, et un effet de structuration de la flotte de la plateforme.

La nouvelle enveloppe, plus de deux fois supérieure, traduit un changement d’échelle. Reste à savoir si Gozem saura transformer cet apport en parts de marché durables face à des concurrents capitalisés et à des habitudes de consommation encore fortement ancrées dans l’informel. Selon Investir au Cameroun, la décision finale de la SFI n’a pas encore été formalisée à ce stade.

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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