La Mauritanie a lancé cette semaine une opération d’envergure de démolition d’habitations construites sans titre dans les zones périphériques de Nouakchott. Sous la conduite du ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement du territoire, les bulldozers progressent quartier par quartier, abattant en quelques minutes des maisons souvent uniques pour leurs occupants. L’objectif affiché par le gouvernement est clair : enrayer la prolifération des constructions illégales et restaurer la cohérence du tissu urbain de la capitale.
Une reprise en main de l’urbanisme à Nouakchott
Capitale d’un pays-désert où la sédentarisation s’est accélérée depuis les sécheresses des décennies passées, Nouakchott concentre aujourd’hui une part déterminante de la population mauritanienne. Sa croissance démographique s’est traduite par un étalement spatial mal maîtrisé, en particulier sur ses franges, où des terrains non viabilisés ont été occupés au fil des années par des familles modestes. Pour les pouvoirs publics, cette urbanisation informelle pèse sur la planification, complique le déploiement des réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement, et fragilise la valeur foncière des zones réglementées.
La campagne lancée cette semaine s’inscrit dans cette logique de remise en ordre. Le ministère de l’Habitat invoque l’absence de permis de construire, la non-conformité des parcelles avec les plans d’aménagement et l’occupation sans titre du domaine public ou privé de l’État. Concrètement, des engins lourds, escortés par les forces de sécurité, ont été déployés dans plusieurs quartiers périphériques, où les murs en parpaings cèdent en quelques passages de godet.
Un coût social immédiat pour les habitants
Pour les familles concernées, la séquence est brutale. Beaucoup affirment avoir investi l’essentiel de leurs économies dans une habitation qui constituait leur unique patrimoine. Les témoignages recueillis sur place font état de ménages se retrouvant à la rue, parfois sans préavis suffisant pour évacuer mobilier et effets personnels. La saison, marquée par des températures rudes, accentue la précarité de ceux qui dorment désormais à la belle étoile ou s’entassent chez des proches.
La question des compensations reste au cœur des tensions. Une partie des occupants soutient avoir acquis leur terrain auprès d’intermédiaires se présentant comme propriétaires coutumiers, ou disposer de documents administratifs partiels. Les autorités, de leur côté, opposent l’absence de titres réguliers et la nécessité d’appliquer la loi de manière uniforme. Reste que sans dispositif de relogement clairement annoncé, la démarche risque d’alimenter le ressentiment dans des quartiers déjà éprouvés par la pauvreté et le chômage.
Un dossier sensible pour les autorités mauritaniennes
Le pouvoir exécutif marche sur une ligne étroite. D’un côté, l’État affirme sa volonté de maîtriser le foncier urbain, un enjeu structurant pour l’attractivité économique de la capitale et pour la lutte contre la spéculation. Nouakchott est appelée à accueillir des projets d’infrastructures, des programmes immobiliers formels et des aménagements publics qui supposent une clarification des emprises foncières. De l’autre, l’image d’un État qui détruit l’habitat des plus modestes, sans alternative visible, peut peser politiquement, dans un pays où la cohésion sociale demeure un objectif affiché du chef de l’État.
Dans la sous-région, l’exercice n’est pas inédit. Plusieurs capitales sahéliennes et ouest-africaines ont conduit ces dernières années des opérations comparables, avec des fortunes diverses. À Dakar, Abidjan ou Bamako, les déguerpissements ont régulièrement suscité contestations judiciaires, mobilisations associatives et arbitrages politiques tardifs. Le précédent mauritanien sera scruté de près par les bailleurs internationaux engagés dans le financement de projets urbains, qui conditionnent souvent leurs concours au respect de standards en matière de réinstallation et d’indemnisation.
À court terme, l’attention se porte sur l’ampleur géographique de l’opération et sur la réponse humanitaire qui pourrait être déployée. Les organisations de la société civile mauritanienne sont déjà sollicitées pour documenter les cas individuels et plaider auprès des autorités en faveur de mesures d’accompagnement. La capacité du gouvernement à articuler discipline urbanistique et protection des plus vulnérables déterminera la lecture politique de cette séquence. Selon RFI Afrique.
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